Nacer Djabi. Sociologue : «Les policiers refusent d’être les boucs émissaires d’une situation qui leur échappe»

Elwatan; le Jeudi 16 Octobre 2014
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-Quelle lecture faites-vous de la manifestation des policiers ?

Il y a, à mon avis, deux lectures à faire. D’une part, le régime fait face à de nouvelles revendications socioprofessionnelles. Les policiers réclament de meilleures conditions de travail. Comme toutes les autres couches de la population, ils veulent pouvoir bénéficier de la rente. D’autant que le régime algérien a toujours répondu favorablement aux revendications sociales pour éviter que le système politique ne soit remis en cause. De plus, Il ne faut pas perdre de vue que la police a recruté en masse ces dernières années et que les forces de l’ordre font face à une très forte densité de travail.

Cette situation a amené les forces de police à réclamer la constitution d’un syndicat pour mieux défendre leurs intérêts. J’observe d’ailleurs que d’autres catégories socioprofessionnelles ont demandé la même chose, je pense aux imams.
D’autre part, le mouvement de protestation des policiers cantonnés à Ghardaïa est un message au régime : ils refusent d’être les boucs émissaires d’une situation qui leur échappe totalement. Ils ne veulent plus combler les carences d’un régime qui ne fait rien pour trouver une solution. Aujourd’hui, Ghardaïa est l’épicentre de la contestation.     

-La police dans la rue, c’est le régime qui est au bord de la rupture ?

Le pouvoir est traversé par une course à la succession du Président.On nous dit que le patron de la police, le général-major Abdelghani Hamel, a une ambition présidentielle. Mais en même temps, d’autres personnalités du gouvernement sont également dans la course. Ce télescopage d’ambitions provoque une grave crise au sein même du sérail, au moment où le Président est affaibli.
En outre, le régime a atteint les limites de sa démarche. Il a toujours réussi à banaliser toutes les revendications en s’appuyant sur une distribution de la rente. C’est ce qui lui a permis de gommer toute dimension politique et citoyenne à ces demandes. Aujourd’hui, cette démarche se retourne contre lui. Beaucoup d’indicateurs laissent penser que nous nous dirigeons vers la fin de ce régime.

Après la police, l’armée et la gendarmerie ?

La crise est tellement profonde que tout est possible. Personne n’aurait pu penser que des policiers pouvaient investir les rues d’Alger…
 

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Salim Mesbah

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