Octobre toujours, autoritarisme encore

Elwatan; le Lundi 5 Octobre 2015
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On croyait tout avoir vu ces trente dernières années en Algérie. D’abord les manifestations du 5 Octobre 1988, leur cortège de victimes civiles, la torture et les arrestations, conséquences d’une gouvernance irresponsable exercée par un pouvoir manœuvrier inspiré, par des apprentis sorciers qui promettaient la sortie définitive de la situation de crise dans laquelle était plongé le pays et la rupture avec l’ordre ancien. Octobre fut la répétition plus ou moins généralisée du Printemps berbère, qui avait vu la jeunesse de la Kabylie sortir dans la rue au nom de la liberté et revendiquer l’application des droits démocratiques universels contre l’autoritarisme étouffant du système politique établi depuis l’indépendance.

Le pire était à venir, malheureusement, avec la «décennie noire» et les milliers de victimes du terrorisme. Mais l’espoir d’en finir avec les épreuves difficiles était toujours présent dans les esprits. Quant aux quinze dernières années sous la présidence de Abdelaziz Bouteflika, elles sont celles du désenchantement des Algériens vis-à-vis de leurs dirigeants et des engagements non tenus. Déception et inquiétude tissent désormais le quotidien des Algériens…

Déception quand ils voient que certaines pratiques sont érigées en règles de conduite, y compris au plus haut sommet de l’Etat : corruption et prédateurs en tout genre font l’actualité à travers des procès qui s’apparentent plus à des mises en scène qu’à une réelle volonté d’assainir le climat général et rétablir la confiance des citoyens envers leurs dirigeants.

Des scandales d’Etat où sont mêlés des ministres, anciens ou en fonction, qui grenouillent avec une oligarchie d’affairistes se disant proches du pouvoir. Inquiétude des Algériens qui se rendent compte qu’au moindre coup dur – comme la baisse des cours du baril depuis bientôt une année – le pays et son économie paraissent encore plus fragiles qu’il y a 30 ans et que leur existence dépend en grande partie de l’étranger à cause de l’imprévision des responsables qui se sont succédé.

Au plan des acquis démocratiques, les choses ont très peu avancé : des partis sont toujours en attente d’agrément, le droit de réunion et de manifestation est toujours refusé dans la capitale même s’il est à peine toléré ailleurs. Le tout sur fond d’un pouvoir absent, présidant aux affaires du pays par procuration souvent familiale et laissant paraître par moments des tendances monarchistes, sans abandonner pour autant le caractère autoritaire et des pratiques qui tiennent plus des régimes autocratiques.

Comme on a eu à le constater ces derniers jours avec les arrestations rocambolesques d’officiers supérieurs de l’armée, malmenés comme des malfrats, ou l’acharnement contre certains investisseurs nationaux que des représentants de l’Etat vouent aux gémonies, s’aliénant ainsi d’importants soutiens au développement de la nation. Tout cela dénote d’une volonté à vouloir contenir la moindre velléité de contestation et révèle une panique mal dissimulée. Mais la marche de samedi dernier à Tizi Ouzou montre que rien ne peut contenir la colère populaire : ni la démagogie des discours ni la chape de plomb. Elle ouvre sans doute la voie à d’autres initiatives populaires salvatrices.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Reda Bekkat

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