Ouverture de l’année universitaire : Bouteflika, le grand absent

Elwatan; le Mercredi 15 Octobre 2014
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De Tlemcen à Laghouat en passant par Sétif, combien d’allocutions à l’occasion de l’ouverture de l’année universitaire Bouteflika a-t-il «commis» ? Et qu’a-t-il enseigné à «l’élite de l’élite», pour reprendre ses propos faussement, flatteurs ? A considérer ses discours inauguraux, on se croirait devant un Président qui relève du génie, le père des réformes. Quand Bouteflika disserte sur la réforme (LMD) qu’il a outrageusement imposée à l’ensemble du système d’enseignement supérieur, il s’en vante comme d’une de ses «grandes réalisations» ; or, nul n’ignore que ladite réforme, importée sur pied du Processus de Bologne, n’en fini pas de donner du fil à retordre à ses propres architectes européens. Faisant étalage de sa présumée bien-pensance, le président  évoque, devant un parterre d’universitaires, l’importance qu’il accorde «particulièrement à la pensée».

La sienne de pensée, pensait-il sûrement, unique et autoritariste. La réforme LMD, entrée par effraction, sans débat ni concertation avec les vrais tenants du secteur, restera l’une de ses plus flagrante imposture. La réforme européenne  administrée aux pays émergents fut imposée avec la même brutalité, à coups d’ordres ou de décrets par Zine El Abidine Ben Ali, Bachar Al Assad, Hosni Moubarak et on en passe de nos augustes voisins africains. Depuis, ce cadeau empoisonné n’en finit pas de faire des étudiants-victimes. Car faute de providentielles passerelles, nombre d’étudiants se retrouvent dans d’improbables culs de sac.

Face aux dysfonctionnements, la colère gronde et les manifestations d’étudiants se ressemblent. Mais si l’engagement dans cette réforme est  désormais «irréversible», il incombe à la tutelle d’en maîtriser toutes les  subtilités, mais surtout de les rendre intelligibles à l’ensemble de la communauté universitaire. Or, le Président «fait pire que mieux» à l’occasion de l’ouverture de l’année universitaire, il a toujours été enclin à verser dans la langue de bois, comme quand il rappelle aux académiciens la responsabilité qui leur incombe en matière «d’édification cognitive», dit-il doctement, et tente de faire croire à son engagement à «encourager les débats intellectuels», sauf que la pieuse déclaration applaudie par d’aucuns ne saurait couvrir la réputation de cet homme aigri n’ayant jamais toléré l’idée même du moindre contrepouvoir.

Ainsi, à longueur de discours-fleuve, jamais une allocution présidentielle d’inauguration n’a formulé un énoncé intelligible sur une politique claire d’éducation et d’enseignement supérieur. Mais, insidieusement, l’occasion est envisagée comme prétexte pour faire passer des propos politicards, souvent à la veille de scrutins douteux. Comme la tendancieuse politique populiste «d’extension des établissements universitaires vers les régions de l’intérieur du pays et particulièrement vers le Sud» qui, selon les experts que nous avons eu l’occasion d’interroger sur la teneur, n’a fait qu’«élargir maladroitement le fossé entre les régions», considérant le flagrant manque de moyens et d’encadrement pédagogique qualifié qui laisse les étudiants de ces régions enclavées voués à une formation encore plus médiocre que celle dispensée au nord du pays.

Chaque début d’année, l’on se voit inondé de chiffres, nombre de places pédagogiques et milliers de lits, comme pour mieux dormir sur la chimérique «démocratisation de l’enseignement supérieur» alors qu’il ne s’agit en fait que d’une politique de massification contreproductive, de l’aveu des enseignants eux-mêmes, qui lui imputent la baisse des niveaux. Les dysfonctionnements les plus graves désignés par la presse à l’opinion — en un tableau sommaire — passent sans effet.

Et les universitaires récalcitrants auront beau noircir de leurs contributions les pages des journaux, pavés dans la marre et révélations scandaleuses, publiés ici même dans nos colonnes, restés comme autant de lettres mortes adressées à «Son Excellence». Coutumiers du fait accompli, le Président et ses «hommes de main» à la tête du secteur n’ont jamais dissimulé leur mépris à l’égard de la presse indépendante. Quant à l’égard de leurs subordonnés, ils sévissent impunément, dédaignant toute considération éthique.

 

Categorie(s): etudiant

Auteur(s): Mohamed Staifi

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