Parution. mémoires de mes automnes : Bonnes feuilles vivantes

Elwatan; le Mercredi 30 Mars 2011
57008


L’automne n’est pas une saison morte, n’annonce pas toujours l’hiver. Mourir pour renaître n’est pas une fatalité ; on peut mourir plusieurs fois. On meurt souvent, la vie nous rattrape à chaque fois. Parce qu’hier c’est déjà maintenant, il suffit parfois de le décider, observe Ghanima Ammour.  «La guerre a survécu/Aux plus têtus/ Des hommes de paix/ Les chaînes se renouvellent/Pour chaque prisonnier/Même si le geôlier/Ne fait plus la sentinelle/Devant sa prison dorée/La réminiscence de la révolution/N’est peut-être pas pour aujourd’hui !/Mais demain c’est hier/Et hier c’est maintenant/Il suffit parfois de le décider…» Etre énarque – elle est passé par l’ENA de Hydra – ne guérit pas de la poésie. Ghanima Ammour ne croit pas en la linéarité, elle cherche dans la multiplicité les voies qui amènent à soi et à l’Autre. Dans un dialogue imaginaire, elle s’adresse à Rimbaud avec le langage dépouillé de ceux qui voient au-delà des apparences : «Je viens du mont Algérie/J’ai retrouvé dans ta prairie/Comme la mienne le même abandon/La lavande têtue/Ne voulait pas sécher (…) La censure a étouffé/L’humanité précoce/De l’enfant des Ardennes/Ainsi il put renaître/Dans ma bouche/Comme un psaume.»

La crymal poème

On vient toujours de quelque part, les destinations sont plus incertaines. Le passé a beau se décomposer, il n’en demeure pas moins vivace, enfoui sous le sommeil du présent, vigilant pour un réveil-surprise.
Alger, Behdja, se moque du temps qui passe, voit les hommes s’égarer dans des idéologies mortifères, sait que sa blancheur est éternelle malgré ses hôtes : «A travers toi/Je dénonce ceux pour/Qui le mensonge est une prière/Ils s’en vont en tremblant/Allumer des cierges/A l’autel de l’imposture/Avec une telle ferveur/Que notre Dame d’Afrique en pleure.»
Les blessures ne se cicatrisent pas toujours. Ghanima Ammour pleure encore Tahar Djaout, assassiné par des forces ténébreuses, refusant la vie, l’art, le verbe : «On a tué les vers !/Le bruissement d’eau t’inspirait/Mais que faire ?/Quand on oublie le printemps/De crainte de voir l’univers !/On s’est caché/On s’est erré/Le mot nous a rattrapés/Le courage enfante la peur/Quand la peur conduit à la témérité !»
A savourer ce poème, Transcription : «Dis et moi j’écrirai/Cette douleur irascible/De ton être broyé/Traversant les moissons/Sans aucun grain de blé.»


Mémoires de mes automnes de Ghanima Ammour, aux éditions Apopsix.
 

Categorie(s): culture

Auteur(s): Rémi Yacine

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..