Pascal Boniface. Géopolitologue et directeur de l'IRIS : «Le conflit sportif algéro-égyptien est une réplique de leur rivalité»

Elwatan; le Jeudi 13 Mai 2010
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Spécialiste de la géopolitique et directeur de l'Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), (France), Pascal Boniface revient sur le conflit algéro-égyptien né suite aux événements ayant émaillé l'avant-dernière confrontation entre les équipes de football des deux pays qui s'est déroulée au Caire.
- Vous avez affirmé que le football participe à la recréation des identités nationales et le rapprochement des peuples. Peut-on dire aujourd'hui que le foot est la face positive de la mondialisation ?

Oui ! C'est effectivement l'aspect positif, puisqu'il est l'événement le plus abouti de la mondialisation dans la mesure où il s'est répandu à l'échelle mondiale. Le football a conquis le monde par des moyens pacifiques et sans jamais utiliser la contrainte où la force. Il a conquis le monde avec l'enthousiasme des peuples conquis. Aujourd'hui, on va suivre dans tous les pays avec passion le Mondial. Donc, on peut dire qu'il est l'exemple le plus abouti de la mondialisation.

- Vous avez sans nul doute suivi la polémique entre l'Algérie et l'Egypte après le dernier match de qualification en Coupe du monde 2010. Ne croyez-vous pas que le foot peut diviser les peuples comme il les rapproche ?

Oui, mais là, il ne faut pas oublier qu'entre les deux pays il y avait déjà une rivalité pour le leadership arabe. Chacun des deux pays essaye de se montrer comme un leader du nationalisme arabe. Ce match de football est intervenu dans ce contexte. Mais finalement, les incidents étaient limités et contrôlés. C'était une rivalité sportive qui est venue se greffer sur une rivalité géopolitique qui existait déjà auparavant.

- Justement, ne pensez-vous pas que cette rivalité sportive a été exploitée par les régimes des deux pays pour détourner l'attention de leurs opinions nationales respectives sur les vrais problèmes de société ?

C'est vrai. Dans un premier temps, les pouvoirs des deux pays n'ont rien fait pour calmer le jeu. Les supporters étaient – ce qui est normal – surchauffés, mais les dirigeants auraient pu garder leur sang-froid. Ils auraient pu gagner un peu plus s'ils s’étaient concertés.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Madjid Makedhi

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