Portrait de l’artisan Mohamed Bendjelloul : L’élégance d’un parcours

Elwatan; le Samedi 22 Decembre 2012
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Homme distingué, dont l’âge oscille autour de la soixantaine, Mohamed Bendjelloul est un passionné de broderies anciennes. Nous l’avons rencontré au Bastion 23 à Alger, en tant que participant à l’occasion de la tenue de la 2e édition  du Festival national de l’habit traditionnel algérien. Il parle de son métier avec amour et passion à la fois. Le medjeboud et la fetla n’ont aucun secret pour lui. Il connaît leurs moindres entrelacs. Cet artisan, spécialisé dans la robe constantinoise,   confie, d’emblée, que ce métier est une histoire de famille. Il a grandi dans les coulisses d’une famille artisane. Son défunt grand-père paternel pratiquait déjà ce métier. Il avait, à l’époque, une clientèle attitrée. C’est à l’âge de 14 ans que Mohamed décide de suivre la voie de son aïeul.

L’intelligence vive, l’adolescent apprend très vite les techniques diverses que son grand-père lui révèle. Il se plaît à répéter que sa seule école de référence reste celle de son grand-père. Un homme qui était méticuleux et exigeant dans le travail. Mohamed Benjelloul rappelle que la broderie du medjeboud était, dans un passé pas très lointain, l’apanage des hommes. En empruntant ce parcours, son intention première était justement de préserver cet art ancestral. Si au tout début de sa carrière, il se plaisait à broder des pièces en fil d’or, il n’en demeure pas moins que depuis 2004, il s’est spécialisé dans le caftan ou la robe constantinois, selon les préférences. Après avoir initié plusieurs jeunes filles et jeunes hommes dans la broderie, il préfère aujourd’hui que ce métier soit conservé uniquement dans sa famille. En effet, depuis quelque temps déjà, ce sont les femmes de sa famille qui le secondent dans cette noble tâche de préservation. Il se contente de réaliser deux à trois robes par an.

Selon lui, c’est largement suffisant, car le travail d’une robe bien brodée s’étale sur cinq à six mois. La devise de sa maison est de  ne faire intervenir sur une robe qu’une seule personne. En outre, la plupart de ses cliens sont à Alger. «Mes clientes me font confiance. Elles me disent ce qu’elles veulent et j’exécute leurs demandes.» Elément indispensable dans le trousseau de toute mariée, la robe constantinoise tirerait ses racines de l’époque turque, durant laquelle les Constantinois auraient combiné entre le savoir ottoman et la confection typiquement constantinoise. Cette dernière se décline sous la forme une ample tunique évasée, en soie ou en satin, brodée au fil d’or. La technique du medjeboud reste un travail de précision et le souci du détail. «Pour arriver à la pièce finale, il faut d’abord passer par des étapes indispensables. Il faut que la symétrie des pans soit respectée.

La robe, au final, ne doit pas pendre mais rester sur son séant», dit-il. A la question de savoir si la matière première est disponible sur le marché national, notre interlocuteur avoue qu’on trouve tout ce que l’on veut, mais dommage que les prix soient trop excessifs. L’orateur déplore cependant le problème de la contrefaçon qui fait ravage actuellement. «Des personnes étrangères au métier ont acquis des machines de fabrication chinoise pour se lancer dans des robes en fetla en série. C’est du tape à l’œil. Les finitions sont bâclées. Le client n’arrive pas à faire la différence entre un article fait à la main et un autre fait à la machine. Le comble dans tout cela, c’est que les prix de revient sont identiques.»      
 

Categorie(s): mode

Auteur(s): Nacima Chabani

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