Portrait : Zbaghdi Abdesslam : Le dernier charpentier maritime de Skikda

Elwatan; le Dimanche 4 Octobre 2015
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Le monsieur, bientôt septuagénaire, sent la mer et son sel. Le visage halé et les cheveux gris le gratifient d’une allure si proche des personnages marins de Jack London. Enfant du quartier de l’Abattoir, Zbaghdi a appris le métier de charpentier maritime sur le tas. «J’étais maçon de métier avant de côtoyer, avant l’indépendance,  l’un des plus grands charpentiers maritimes de Skikda, un maltais nommé  Stanislas Tagliamenté. Depuis, je ne fais que ce métier» raconte-t-il.

A l’indépendance, il commence par exercer son métier à la Marinelle mais ne tarde pas à rejoindre le port de pêche d’Annaba où il restera près de 10 ans. «Je suis revenu par la suite à Skikda où je travaillais presque au noir vu qu’on n’a jamais accepté de me donner un local. Pourtant, j’ai toujours aidé les élèves apprentis des centres de formation professionnelle». Zbaghdi estime que son métier est déjà en voie de disparition. Il le dit : «C’est un métier qui se perd. Vous savez, j’ai envie de transmettre mon savoir, mais je ne peux pas former des jeunes et leur apprendre l’amour du bois sans local».

L’amour du bois. Quand on lui demande de parler de cette matière indispensable pour son métier, Zbaghdi prend aussitôt un air épanoui. Il en parle avec cette passion propre aux vrais artisans. Il vous nomme les bois, les classe et vous les dessine même s’il le fallait. «Pour construire une embarcation, rien ne vaut l’Acajou» dit-il et il sait de quoi il parle, lui, qui a construit plus d’une centaine de Sardiniers et autant de Chalutiers, sans parler des Petit-métiers et autres réparations. Autant dire tout un chantier naval à lui seul. «Oui, je suis en mesure de construire tout seul un chalutier de 18 m ou un sardinier de 14 m de la quille jusqu’à l’étape finale de calfatage» poursuit-il en remarquant notre étonnement.

Il acceptera même de communiquer le prix de revient de ses œuvres. Ainsi, on apprend qu’un chalutier de 18 m couterait entre 600 et 800 millions de centimes «mais avec du bois de première qualité» a-t-il tenu à préciser et d’ajouter «Pour un sardinier, il faut débourser entre 500 et 600 millions de centimes. Ca parait énorme, mais le bon bois se paye cher».  Zbaghdi  parle comme les gens de la mer, sans façon aucune. Et si, de passage, vos pas vous emmènent un jour à Stora, vous allez le retrouver certainement à cajoler encore des carcasses de bateaux pour leur redonner vie et l’envie de reprendre la mer…                                                     

Categorie(s): skikda

Auteur(s): Khider Ouahab

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