Pour rompre un tant soit peu l’isolement en Haute-Kabylie : Les villageois tentent de se mobiliser

Elwatan; le Mardi 7 Fevrier 2012
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«C’est vraiment la mobilisation totale dans la région. Nous essayons de soutenir les personnes qui procèdent au déneigement. J’ai passé une nuit blanche. Nous avons tout fait pour libérer au moins la RN15 qui relie Aïn El Hammam à Iferhounene via Abi Youcef, afin de pouvoir acheminer le gasoil, car nous étions vraiment presque en rupture de stock. Les engins allaient s’arrêter. Maintenant, nous avons un brin d’espoir de désenclaver les villages si la neige cesse  de tomber»,  nous a expliqué M. Hammi, président de l’APC d’Abi Youcef, une commune qui a enregistré, dimanche soir, le décès d’un jeune homme de 30 ans, surpris par une avalanche au village de Tizi Oumalou.  Les maires se sont retrouvés, d’ailleurs, seuls avec leurs populations face à cette situation très difficile.

C’est le cas de celui d’Illiltene, en haute montagne, qui signale que les villageois manquent de denrées alimentaires et de gaz butane. «Le col de Chellata est toujours fermé à la circulation, alors que la plupart de nos commerçants s’approvisionnent à partir d’Akbou et Tazmalt. Nous avons pu ouvrir l’axe du CW253, mais avec des avalanches incessantes de neige», précise  Ramdane Rezeoug. Et d’ajouter : «Nous essayons de l’ouvrir à chaque fois pour permettre l’évacuation, par des véhicules tout-terrain, des malades vers la polyclinique d’Iferhounene.  Nous procédons au déneigement des routes avec quatre engins, mais c’est insuffisant vu la hauteur de la neige qui atteint, dans certains villages, 1,5 m. Le manque de gaz butane commence à se faire sentir, nos camions de transport de gaz sont bloqués à Aït Yahia. La situation reste toujours difficile.»

Dans la même daïra, à Iferhounene, la situation est maîtrisable, selon le président de l’APC qui estime que ses concitoyens ne manquent de rien : «Ici, tout va bien. Les routes sont ouvertes vers toutes les localités, même Tirourda, le plus haut village, est accessible. Nous avons évacué des malades et nous avons bien travaillé pour que le citoyen de la commune ne soit pas pénalisé. Nous avons bien pris en charge nos citoyens», nous dira le maire d’Iferhounene, alors que ses collègues d’autres APC affichent leur appréhension de la persistance des intempéries qui ont mis leurs localités dans un enclavement sans précédent. C’est le cas d’Akbil, dans la daïra de Aïn El Hammam, où les villageois vivent le calvaire avec les fortes intempéries qui ont bloqué cette région nichée au pied des monts du Djurdjura.

A Iboudrarene, les habitants d’Aït Allaoua nous ont fait part de leurs souffrances en ces journées exceptionnelles : «On est abandonnés. Le village est enclavé. Il n’y a ni gaz, ni pain et ni autres produits de première nécessité. Les citoyens procèdent au déneigement des routes avec les moyens de l’APC, mais sans parvenir à dégager la chaussée, car les chutes de neige sont incessantes. On rend hommage au président de l’APC d’Iboudrarene qui est toujours avec nous en ces moments difficiles surtout pour l’évacuation des malades. Il est toujours sur le terrain jusque tard dans la nuit. Où sont les autres responsables de l’administration ? Notre population est livrée à elle-même.

C’est la fin de tous nos stocks en vivres et de gaz butane. On ne sait pas quoi faire si cette situation dure encore», clament des citoyens de cette bourgade sise dans la montagne, presqu’à la limite entre les wilayas de Tizi Ouzou et de Bouira.
En l’absence des pouvoirs publics, les populations sont livrées à leur sort. A Aït Bouadou, les habitants de cette commune de la daïra des Ouadhias, à 40 km au sud de Tizi Ouzou, ont entrepris une opération de volontariat général pour «sortir du ghetto». A Aït Zikki, Bouzguène, Azazga, Ifigha, Yakourène, les citoyens sont toujours bloqués et subissent de plein fouet les aléas de la neige en cette période de froid glacial, surtout avec des coupures d’électricité. Idem dans la commune d’Idjer, à 60 km à l’est de Tizi Ouzou, et à Agribs où des villages entiers sont privés d’électricité, comme Tamassit et Agraredj. Le problème des coupures d’électricité se pose aussi à Iflissen depuis vendredi.

A Beni Zmenzer, dans la daïra de Beni Douala, un homme de 55 ans a été retrouvé, hier matin, mort par asphyxie  au monoxyde de carbone. Par  ailleurs, aucun moyen d’obtenir des informations sur les mesures prises par l’administration afin de venir en aide aux citoyens qui ne cessent de réclamer des secours, notamment en haute montagne ; rien n’a été communiqué par les services de la wilaya ni par la cellule de crise qui, dit-on, a été mise sur pied.  «Les citoyens sont livrés à eux-mêmes en l’absence des pouvoirs publics», tels sont les propos de plusieurs villageois.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Hafid Azzouzi

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