Projet de l'université panafricaine des sciences nouvelles et de l'eau : Les atouts de Bouira

Elwatan; le Jeudi 13 Mai 2010
1

«L'eau est devenue une denrée rare, un trésor très convoité, bien plus encore que l'or et les diamants». Le sommet de l'ONU sur le climat, tenu en décembre 2009 à Copenhague, au Danemark, n'a pas atteint les résultats attendus et a désabusé les espoirs des pays pauvres, en particulier ceux du continent africain.
Les 12 jours de négociations ont été escamotés par les jeux de coulisses des USA et de la Chine, les deux puissances du moment qui ont montré tout leur égoïsme. Mais ce lamentable échec doit faire déciller les yeux et faire prendre conscience à l'Afrique que le moment est venu de se prendre en charge sérieusement. Dans cette perspective, le projet de création de l'université panafricaine des sciences nouvelles et de l'eau, s'il venait à se réaliser, serait une première réponse sérieuse aux défis majeurs que doivent relever les pays africains. Et au vu du retard accumulé dans le domaine technologique et la rareté des moyens financiers, ce projet ne peut se concevoir que dans la perspective d'une mise en commun de moyens et de compétences de tous les pays concernés.

Dans le domaine de la formation universitaire partagée, l'Algérie a été le précurseur au niveau africain, puisque dès 1964, elle a créé le Centre africain des hydrocarbures et du textile (CAHT), devenu INHC (Institut national des hydrocarbures et de la chimie) en 1973, et actuellement Faculté des hydrocarbures et de la chimie (FHC), depuis décembre1998 qui continue d'assurer une formation dans le domaine des hydrocarbures. Il est évident qu'avec la gestion d'un tel établissement de formation supérieure ouvert à l'ensemble des pays africains et qui remonte à plus de quarante ans, notre pays a acquis une solide expérience dans le domaine. Cette expérience, ajoutée à la volonté politique qui a présidé à la création de cet établissement supérieur, dédié à la formation des élites africaines à peine émergées de la nuit coloniale, sont les meilleurs atouts quant au choix du pays qui aura l'honneur d'héberger la future université panafricaine. Il va de soi également que de par sa position géographique centrale en Afrique du Nord et de porte charnière avec l'Europe, l'Algérie présente un autre avantage logistique très important dans le domaine des échanges indispensables avec les pays occidentaux qui maîtrisent les technologies que l'Afrique doit acquérir et maîtriser à son tour.

L'Algérie, qui ambitionne légitimement d'accueillir cet établissement panafricain de la plus haute importance, doit faire valoir les raisons objectives qu'on vient d'énumérer, d'autant qu'elle dispose aussi de ressources humaines suffisantes dans le domaine et un potentiel d'infrastructures universitaires de soutien conséquent, en mesure de rendre opérationnel le projet dans les meilleures conditions possibles. Les 2 et 3 décembre 2009, le Centre universitaire de Bouira a organisé sous l'égide des autorités locales, des journées d'étude sous le générique «Pour un pôle scientifique intégré à Bouira».

De l'avis général, ce premier symposium scientifique, organisé par le centre universitaire, s'est soldé par une réussite au-delà des espérances. En premier abord et au vu des potentialités existantes, il est permis d'affirmer que le centre universitaire Mohand Oulhadj Akli, pour lequel les autorités locales, avec toute la vivacité du wali, ont réservé une assiette de 54 ha et l'inscription au programme de 6000 places pédagogiques par la tutelle, est à même de créer rapidement ce pôle scientifique avec le concours, dans un premier temps, des universités environnantes par le biais d'enseignants associés mais aussi d'attirer et d'intéresser des enseignants de rang magistral pour l'intégrer.

Bien plus, les spécialistes universitaires conviés à ces journées d'étude ont été unanimes dans leur plaidoyer largement argumenté à insister sur la nécessité d'imprimer l'envergure qu'il mérite au centre universitaire de Bouira pour en faire rapidement une université de plein droit à la mesure de ses potentialités et de la détermination de certains de ses dirigeants. Bouira et son environnement offrent un espace idéal de conceptualisation et de recherche, à tel point que des spécialistes émérites issus de l'UMMTO et d'ailleurs n'ont cessé d'en édicter les spécificités lors de ces journées d'étude organisées par le centre universitaire les 2 et 3 décembre 2009. Il ne nous paraît point fastidieux d'énumérer quelques propositions scientifiquement étayées lors de ces journées d'étude. En voilà un aperçu succinct.

1- Résumé de la contribution du Dr. Boussad Yakoub, hydrogéologue, université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou sous le thème «Les sensibilités climatiques, hydrogéologiques et écologiques dans la région de Bouira», «La région de Bouira est caractérisée par une juxtaposition de deux climats très différents :
- Le premier, relativement humide, recouvre tout le flanc sud du Djurdjura et s'étale donc sur toute la partie nord de Bouira ;
- le second, relié aux influences des Hauts-Plateaux, occupe tout le secteur sud de la région en lui imprégnant un climat du type semi-aride.
- Cette zone est localisée particulièrement dans un secteur qui relie trois des sept grands bassins versants algériens : la Soummam, Yesser et le Sebaou. Cet atout est lié évidemment à la présence du massif calcaire du Djurdjura, véritable barrière orographique qui permet la formation de toutes les pluies nées à partir des vents humides provenant de la Méditerranée. L'important rôle hydrogéologique est mis en évidence par la nappe alluviale de la Soummam à l'est, les alluvions de Yesser à l'ouest, par les barrages hydrauliques intégrés dans le cadre des grands aménagements et enfin par les nombreuses sources d'eau résurgentes susceptibles de contribuer à un renforcement de la mobilisation des eaux.
- La nature des terrains géologiques présente aussi une caractéristique qui se manifeste par un passage brusque des calcaires du Djurdjura aux argiles qui affleurent largement dans toute la partie sud de la région.
- L'histoire géologique de cette zone montre que les faciès lithologiques qui s'étendent des formations telliennes au socle cristallophyllien de la Kabylie et la tectonique qui affecte ce site contribuent largement à la reconstitution paléogéographique de la chaîne dite «alpine-méditerranéenne». Il s'agit d'un lieu qui représente un véritable laboratoire à ciel ouvert pour les spécialistes des sciences de la terre.
- Du point de vue bioclimatologique et écologique, cette région représente une zone tampon qui relie deux grands parcs nationaux : le PND (Djurdjura) et le PNG (Gouraya). Ces principales données naturelles laissent d'emblée envisager que de nombreuses contraintes peuvent être prises en considération dans l'élaboration d'une politique de développement socio-économique : le risque d'une extension géographique du climat semi-aride et ses effets nuisibles, l'exploration et l'exploitation des eaux aussi bien souterraines que superficielles, tant sur le plan quantitatif que qualitatif, le comportement des terrains argileux dans la stabilité des versants, la localisation des sites pour les matériaux et agrégats, la protection de la nature, etc. On constate que toutes ces contraintes relèvent, plus particulièrement, des domaines des sciences de la terre et de celles de l'eau. La maîtrise de ces données nécessite sans aucun doute une intervention de techniques spécialisées dont l'enseignement n'est assuré par aucun établissement universitaire des régions avoisinantes (Tizi Ouzou et Béjaïa). Le Centre universitaire de Bouira aura un grand rôle à jouer dans cette optique en favorisant davantage le lancement de ces filières techniques, le cursus des enseignements fondamentaux étant assuré dans la plupart des universités algériennes».

2- Résumé de la contribution de Mahmoudi Ali, directeur du Parc national de Gouraya sous le thème «Le Djurdjura, un laboratoire à ciel ouvert pour l'université algérienne». «Bouira renferme une véritable richesse qui doit être préservée et gérée rationnellement et durablement dans le but de maintenir les équilibres écologiques déjà fragiles et de conserver notre diversité biologique. Les phénomènes insulaires du Djurdjura au plan bioclimatique, biogéographique et social ont attiré un grand nombre de chercheurs de par sa richesse en espèces endémiques. Le Djurdjura est considéré comme un habitat de choix pour la flore et la faune riches et variées comprenant la plupart des espèces de l'Algérie du Nord, ainsi que des sites et paysages naturels remarquables, un patrimoine historique, archéologique, architectural et paysager. Pour cela, les filières scientifiques spécifiques qui peuvent avoir comme assise cet espace sont : la climatologie, la pédologie, la dendrologie, la dendroclimatologie, l'hydrologie, etc. Au vu des menaces qui pèsent sur la biodiversité à l'échelle locale, régionale et planétaire, les politiques de protection doivent intégrer une conception globale et fonctionnelle des espaces naturels. Celles-ci doivent s'appuyer sur des branches récentes des sciences comme la biologie de la conservation et l'écologie des paysages, à l'image de ce qui se fait outre-mer».

3- Résumé de la contribution du Dr Ahmed Zaïd, vice-recteur à l'UMMTO sous le thème «Impact de la réalisation d'un complexe universitaire sur son environnement socioéconomique : cas du projet d'université de Bouira». «La communication a pour objectif de montrer comment la réalisation d'un important complexe universitaire à Bouira pourrait déclencher de nouvelles dynamiques de développement dans la wilaya de Bouira et de toute sa région. La question sera abordée sous trois différents aspects : formation, recherche et prestations. Elle se concentrera sur la problématique du partenariat université / secteur socioéconomique. Elle sera illustrée par l'exemple du projet de la future université de Bouira. On partira de l'existant, c'est-à-dire de l'actuel noyau universitaire en la qualité du centre universitaire colonel Mohand Oulhadj et on tentera de dégager quelques axes porteurs du projet d'université en fonction des potentialités socioéconomiques de la wilaya de Bouira.

4- Résumé de la contribution du Prof. Aïssa Moali sous le thème «Les sciences de l'environnement au service du développement durable : propositions pour l'identification des possibilités de contribution du centre universitaire de Bouira». Laboratoire d'écologie & environnement faculté des sciences de la nature & de la vie université A. MIRA de Béjaïa. «La wilaya de Bouira est située à l'interface de deux écosystèmes des plus représentatifs de l'Algérie : la montagne et la steppe. Elle se trouve ainsi à la croisée de nombreux facteurs naturels et humains qui en font un espace de développement durable à plusieurs potentialités. La création d'un pôle scientifique (formation supérieure et recherche scientifique) est une initiative à même de contribuer sinon de prendre totalement en charge les préoccupations environnementales dans les deux formes de systèmes écologiques évoqués.

La création de filières de formation et la mise en place d'équipes de recherches dont les objectifs sont orientés vers la connaissance, la conservation et l'utilisation rationnelle des composantes multiples de la nature contribueront certainement à un développement basé sur des mécanismes visant le bien-être des populations humaines et la durabilité des ressources biologiques par exemple. Nous nous proposons de montrer quelques pistes de réflexion afin d'apporter une contribution à la formulation d'axes de formation et de recherche en complémentarité avec les filières existantes et les projets déjà en place dans les universités de Tizi Ouzou et de Béjaïa, dans le but de constituer un groupement d'intérêt scientifique à même de répondre aux attentes socio-économiques de la région de Kabylie, une région caractérisée par de nombreux atouts de développement des points de vue naturel et humain.»

Emanant de spécialistes universitaires dont la compétence dans leurs domaines respectifs est largement avérée et dont la probité intellectuelle ne peut souffrir la moindre suspicion, il est clair que le constat établi reflète la fidèle réalité des potentialités existantes qui doivent permettre l'élection de Bouira au rang de centre de rayonnement universitaire qui lui sied. En plus de ces démonstrations délivrées dans le cadre d'un colloque scientifique, bien d'autres atouts naturels existent pour étayer le choix de cette cité à recevoir l'université panafricaine des sciences nouvelles et de l'eau, comme nous allons l'expliciter. La wilaya de Bouira recèle des potentialités de développement très importantes. Son réseau de voies terrestres (routes et rails) et la nouvelle autoroute Est-Ouest qui la traverse va renforcer sa position de carrefour entre plusieurs régions du pays et plus spécialement entre le Nord et le Sud.

Cette situation lui confère des opportunités pour un développement rapide intégré et renforcer son attractivité pour de nombreuses activités à caractère scientifique ayant une prise directe sur le milieu car un établissement d'enseignement supérieur et de recherche est le moyen le plus approprié pour fédérer et fixer les énergies créatrices dans les domaines scientifique, économique social et culturel au bénéfice du développement multipolaire de la région. La wilaya de Bouira s'étend sur une superficie de 4439 km2 avec une population de 629 560 habitants, ce qui donne une densité de 142 habitants au kilomètre carré. Elle est limitée au nord et au nord-est par la wilaya de Tizi Ouzou et la chaîne montagneuse du Djurdjura, au sud-est par la chaîne montagneuse des Bibans et la wilaya de Bordj Bou Arréridj, au sud-ouest par les montagnes de Dirah et la wilaya de M’sila et enfin à l'ouest par les wilayas de Médéa et de Blida.

Le relief est contrasté et comporte cinq grands ensembles physiques :
- La dépression centrale (plaines des Aribes, plateau d'El Asnam, la vallée de Oued Dhous et Oued Sahel) ;
- la terminaison orientale de l'Atlas blidéen ;
- le versant sud du Djurdjura (nord de la wilaya) ;
- la chaîne des Bibans et les hauts reliefs du Sud ;
- la dépression sud bibanique.
La zone boisée représente 25% du territoire, avec 111 490 ha de massif forestier. On trouve le pin d'Alep (51 638 ha), le chêne vert (2 775 ha) ainsi que le chêne-liège (2 143 ha). Son climat est chaud et sec en été, froid et pluvieux en hiver. La pluviosité moyenne est de 660 mm/an au nord et de 400mm/an dans la partie sud. Les températures varient entre 20°C et 40°C de mai à septembre et de 2°C à 12°C de janvier à mars. La wilaya de Bouira renferme d'importantes ressources en eau dont l'utilisation est loin d'atteindre son optimum. Elle est traversée par des bassins versants importants dont l'apport moyen annuel est de l'ordre de 561 millions de mètres constitué par :
- Le bassin versant des Issers (135 millions de mètres cubes/an) ;
- le bassin versant de Sahel-Soummam (380 millions mètres cubes /an) ;
- le bassin versant du Hodna (35 millions mètres cubes/an) ;
- le bassin versant humus (11 millions mètres cubes/an).
La wilaya dispose de plusieurs sites touristiques :
- le Parc national du Djurdjura (18 550 ha)
- la station de ski de Tikjda (1 460 m.)
- le site climatique de Tala Rana
- la source thermale de Hammam Ksana. (Ces données physiques et climatiques sont tirées de l'encyclopédie libre Wikipédia).

A ce niveau de notre contribution, il nous paraît légitime à plus d'un point de vue, d'affirmer que Bouira et sa région offrent un faisceau d'avantages indéniables pour accueillir cet établissement universitaire transnational de première importance pour le devenir des peuples africains en butte à un retard technologique qui met en péril l'avenir des pays africains dont le premier des défis concerne la lutte contre la désertification. La recherche scientifique n'a de sens social que dans l'esprit de partage de ce qu'elle permet de récolter comme bienfaits pour la communauté. Il faut savoir gré au prof Aourag, directeur de la recherche scientifique au ministère de l'Enseignement supérieur et ancien recteur de l'université Djilali Liabès de Sidi Bel Abbès, dont il a fait un établissement classé dans l'excellence au niveau régional pour avoir été l'initiateur et le défenseur déterminé de la candidature de l'Algérie à l'implantation sur son sol de l'université panafricaine des sciences nouvelles et de l'eau.

Le temps où des génies ténébreux se terrent dans leur antre pour effectuer des expériences scientifiques est révolu depuis longtemps. Actuellement, la recherche se fait par des équipes, bien souvent transnationales, car les universités d'excellence ont pour objectif de capter les meilleures compétences partout où elles existent. Ce qui nous permet d'affirmer que l'initiative de cette université panafricaine n'est pas seulement une bonne idée mais véritablement une nécessité, à condition toutefois que le choix des personnalités appelées à prendre en charge le pilotage de ce projet et sa gestion future se fasse sur des critères solides de compétence scientifique et de dynamisme managérial.

Et pour finir, doit-on rappeler que la ville de Bouira se singularise également par une vertu rare, elle a toujours été un havre de paix et de concorde intercommunautaire. En son sein coexistent depuis toujours plusieurs ethnies relevant de cultures et d'origines différentes. Même durant la guerre de libération, la ville a su accueillir et intégrer des populations entières de persécutés et de réfugiés venus de toutes les contrées d'Algérie. Cette propension naturelle à la solidarité et à l'ouverture vers les autres lui confère aujourd'hui un statut unique de pôle d'excellence sociale au niveau national.

M. A. : Professeur des universités
Centre universitaire de Bouira

Categorie(s): idées-débats

Auteur(s): M’hand Amarouche

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..