Projet Pnud : Pour 500 000 dollars de discorde

Elwatan; le Jeudi 13 Mai 2010
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«Déni de droit», «ségrégation», «racisme anti-kabyle». Autant de formules-choc que des élus et dirigeants du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) n'hésitent pas à invoquer, quitte à battre le rappel des vieux démons de l'histoire.

Qu'elle soit véridique ou cousue de fil blanc, l'«affaire» de la subvention du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) pour la ville de Tizi Ouzou, un demi-million de dollars, «bloquée par le gouvernement», est convoquée comme pièce à conviction dans le procès pour «régionalisme» intenté aux hommes du pouvoir. Ceux d'hier, comme ceux d'aujourd'hui.
Car cette affaire n'est pas sans rapport avec la polémique monstre que suscite le récit de Saïd Sadi. Dans Amirouche, une vie, deux morts, un testament, le président du RCD ne fait pas que réhabiliter le colonel Amirouche, chef de la Wilaya III, il met aussi le doigt sur la plaie de l'«ostracisme» dont aurait, selon lui, particulièrement souffert la Kabylie pendant la guerre de Libération. Quarante-huit ans après l'indépendance, la Kabylie a-t-elle été rattrapée par le sort réservé à la Wilaya III ? Au RCD, on en est plus que persuadés.4 mai.

Conférence de presse au siège de l'Assemblée populaire de wilaya de Tizi Ouzou. Objet : rendre compte du «blocage» par le ministère des Affaires étrangères de la subvention du Pnud. 500 000 dollars, destinés au financement d'un programme de traitement des déchets ménagers dans la région de Tizi Ouzou. «La Kabylie est victime de l'ostracisme du pouvoir algérien.» La petite phrase prononcée ce jour-là par Mahfoud Belabès, le président de l'APW – assemblée à majorité RCD – a sa charge incendiaire. Une vingtaine de jours après avoir interpellé le ministre des Affaires étrangères, Belabès remet le couvert. L'élu RCD ne mâche pas ses mots. «Au jour d'aujourd'hui, nous dit-il, nous n'avons reçu aucune réponse officielle de la part du gouvernement. Le Pnud dit attendre le feu vert des AE pour débloquer la subvention du gouvernement du Québec. Pour nous, c'est clair, net et précis : il s'agit d'un cas flagrant de ségrégation vis-à-vis d'une région qui a tout donné avant, pendant et après la Révolution. On ne peut qualifier autrement l'attitude du gouvernement qui voudrait voir affecter l'intégralité de la subvention à Boughezoul (Médéa). Alors que c'est nous qui avons demandé à ce que cette ville soit intégrée au programme.»

Le Pnud attend le feu vert des AE

M. Belabès affirme ne pas comprendre le «revirement» intempestif du gouvernement qui a pourtant validé, via le ministère du Tourisme et de l'Aménagement du territoire, l'opération montée conjointement avec le Pnud et à laquelle fut associée la ville de Boughezoul. Hantise de l'ingérence étrangère ? Le président de l'Assemblée de wilaya de Tizi Ouzou n'y croit pas. «Le PNUD finance, depuis longtemps, plusieurs programmes en Algérie. Pourquoi ses subventions sont-elles les bienvenues à l'est, au sud, à l'ouest du pays, et ne le seraient plus dès lors qu'il s'agit de la Kabylie ?», s'interroge-t-il. Les pouvoirs publics auraient même fait, à l'en croire, avorter d'autres opérations. «En 2009, le groupe français Pizzorno, spécialisé dans la gestion et le traitement des déchets ménagers et industriels, était prêt à mettre 8 millions d'euros sur la table. A ce jour, la proposition du groupe n'a connu aucune suite.» Saâdi Hadibi, vice-président de l'APW, a vu naître le projet. Il est chargé du suivi de l'opération.
A ses yeux, le recours au financement étranger était indispensable. «Nous n'avions pas d'autre choix que de solliciter des bailleurs de fonds étrangers. Les besoins sont énormes, le budget insignifiant et la wilaya de Tizi Ouzou croule sous les déchets», dit-il.

Les premiers contacts avec le gouvernement du Québec, raconte-t-il, remontent à l'année dernière. Lors d'une rencontre à l'hôtel El Aurassi, en 2009, le représentant de Montréal fait montre de sa disponibilité à contribuer, à hauteur de 1 million de dollars au programme de gestion des décharges publiques et de protection de l'environnement.
Tizi Ouzou allait ainsi bénéficier de «l'Approche territoriale des changements climatiques», programme lancé par le Pnud et ses partenaires – agences onusiennes et associations de régions – et dont l'Algérie était l'un des promoteurs à la conférence sur le climat de Copenhague, en décembre 2009. Sur «demande du gouvernement algérien», précise sur son site Internet la délégation du Pnud à Alger, le 11 mai 2009, une délégation dirigée par l'ancien ministre du Commerce, Mohand Amokrane Cherifi, coordinateur de l'Alliance des villes contre la pauvreté – instance du Pnud, basée à Genève – se rend à Tizi Ouzou pour une «mission technique».

«De la surenchère politicienne», selon le gouvernement

L'objectif ? Arrêter un programme global qui anticipe les changements climatiques à venir et identifier des projets-pilotes, centres d'enfouissement techniques contrôlé, panneaux solaires, reboisement d'un bassin de retenue d'eau...
L'expertise du Pnud est sanctionnée par la signature d'un document entre le gouvernement et l'agence onusienne, assortie d'un plan de travail. Le 2 octobre, au terme du 2e Governors' Global Climate Summit tenu à Los Angeles, Cherif Rahmani, ministre du Tourisme et de l'Aménagement du territoire, et le Premier ministre du Québec, Jean Charest signent une «entente de partenariat» entre le Québec et l'Algérie, et, plus particulièrement, la région de Tizi Ouzou. Si la démarche de l'APW de Tizi Ouzou a bénéficié de «l'assentiment» et de l'«appui» du gouvernement, pourquoi le RCD crie-t-il au «blocage» de la subvention du Pnud ? Mohand Amokrane Cherifi se refuse à tout commentaire.
«Obligation de réserve, argue-t-il. C'est un sujet tellement sensible, politique, que je ne peux me prononcer.» Quant au représentant résidant du Pnud à Alger, sollicité à cet effet, il était injoignable. Un haut responsable au ministère des Affaires étrangères dément tout «blocage» affectant les deux projets.

Les déclarations du P/Apw de Tizi Ouzou et du président du RCD relèvent, selon lui, de la «surenchère politicienne». «Une fausse polémique qui n'a pas lieu d'être, précise-t-il. Les deux projets sont toujours en cours. Pour leur mise en œuvre, un délai de maturation technique est nécessaire, le gouvernement a donné son accord. Le reste n'est que surenchère.» Mardi dernier, lors d'une journée d'étude sur l'environnement, organisée par l'Apw de Tizi Ouzou, deux élus du FLN, Mme Kaboub et M. Metahri se sont retirés de la plénière pour signifier leur «désaccord avec la position politique» de la présidence de l'Assemblée. Les élus FLN disent ne pas comprendre «pourquoi les élus du RCD se focalisent sur des miettes jetées par des ONG étrangères alors que l'Etat n'a pas lésiné sur les moyens pour doter la wilaya de projets environnementaux».

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Mohand Aziri

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