Quelle place pour le privé national ?

Elwatan; le Samedi 15 Mai 2010
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S'il y avait encore un doute sur l'absence de volonté réelle des pouvoirs publics de promouvoir la liberté d'entreprise et l'initiative privée, par delà tous les discours politiques et la rhétorique sur l'économie de marché, le voilà levé à la faveur de l'inauguration, ce mercredi 12 mai, du mégaprojet de Cevital-Samsung à Sétif. Aucun officiel gouvernemental ou à tout le moins de la wilaya n'avait jugé nécessaire de partager avec les responsables de ce projet qui devrait faire la fierté du pays ce moment solennel qui fera certainement date dans l'histoire des réformes économiques en Algérie et qui donne la pleine mesure des compétences managériales insoupçonnées que renferme le secteur privé national. Alors que les représentants officiels algériens avaient brillé par leur absence, le partenaire industriel coréen, représenté à un haut niveau par le Pdg de la firme Samsung chargé de l'Afrique et du Moyen-Orient, était accompagné, à la cérémonie d'inauguration, par l'ambassadeur de Corée à Alger.

Deux visions – politique et économique – aux antipodes l'une de l'autre. Alors que chez nous, les orientations et les choix économiques du pays sont marqués par une opacité qui ne favorise guère la visibilité économique du pays, à telle enseigne qu'il est difficile aujourd'hui de savoir quelle est véritablement la place du privé dans l'économie et le processus de développement national, ailleurs l'Etat est présent pour soutenir, accompagner, protéger l'effort d'investissement privé, source principale de création de richesse, à l'intérieur et à l'international. Quel gouvernement dans le monde soucieux des intérêts supérieurs de ses concitoyens ferait la fine bouche et se montrerait dédaigneux et indifférent devant un tel pari, qui laisse rêveur en ces temps de crise structurelle de l'économie mondiale, de créer 3500 emplois dans une région qui en a, de surcroît, un grand besoin, comme s'y est engagé Cevital dans son projet de Sétif ?

Le complexe, réalisé sur financements propres, compte parmi les cinq plus grandes usines au label Samsung dans le monde avec un taux d'intégration industriel avoisinant les 90% pour de nombreux produits. C'est dire la haute valeur ajoutée technologique de cet investissement qui rompt avec la «bazardisation» de l'économie et les investissements dans les pizzerias et les fast-foods. Pour éviter sans doute toute interprétation politique face à ce faux bond des autorités à la cérémonie inaugurale, le patron de Cevital a tenu, au cours de son allocution, à rendre hommage aux autorités locales de la wilaya de Sétif pour les facilitations accordées à son groupe en vue de la concrétisation de ce projet.

Mais il est des signaux qui ne trompent pas, qu'on ne pourrait imputer à de simples questions de convenances personnelles. Après le cri de détresse du Forum des chefs d'entreprises (FCE) qui n' a pas écarté la possibilité de se transformer en syndicat pour mieux défendre les intérêts de l'entreprise privée, un débat national sur la place et le rôle du privé dans l'effort de développement s'impose pour réaffirmer les options fondamentales du pays en la matière, lever les zones d'ombre et les obstacles qui se dressent sur le chemin de la promotion de l'entreprise privée.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Omar Berbiche

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