Reconstruction de la bande de Ghaza : Une promesse de 5,4 milliards de dollars aux Palestiniens

Elwatan; le Mardi 14 Octobre 2014
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La communauté internationale a promis de verser aux Palestiniens 5,4 milliards de dollars pour la reconstruction de la bande de Ghaza, après une guerre israélienne sanglante et destructrice cet été.
Les pays donateurs, ainsi que des organismes internationaux, dont l’Organisation des Nations unies représentée au Caire par son secrétaire général, Ban Ki-moon, réunis dimanche dans la capitale égyptienne, sont las de voir, à chaque fois, le fruit de leurs efforts de développement dans l’enclave palestinienne — et ailleurs dans le reste de la Palestine occupée — mis en échec par la machine de guerre israélienne, et de devoir repartir à chaque fois du point de départ. Ils exigent cette fois une reprise sérieuse des négociations de paix, pour un règlement global du conflit israélo-palestinien.

Le Qatar, avec un milliard de dollars, est le pays qui contribuera le plus à la reconstruction de l’enclave palestinienne. 500 millions dont été promis par l’Arabie Saoudite, alors que le Koweït et les Emirats arabes unis verseront 200 millions chacun.
Le secrétaire d’Etat américain John Kerry a participé à la conférence, qui a rassemblé une trentaine de chefs de la diplomatie, en plus des présidents palestinien Mahmoud Abbas et égyptien Abdelfattah Al Sissi. Une aide américaine de 212 millions de dollars a été annoncée par le chef de la diplomatie américaine.

L’Union européenne a promis de sa part un don de 450 millions d’euros. La cinquantaine de pays et organisations internationales représentées au Caire «ont promis approximativement 5,4 milliards de dollars (4,3 milliards d’euros), dont la moitie pour la reconstruction de Ghaza, et se sont engagés à payer dès que possible», a déclaré le ministre norvégien des Affaires étrangères, Boerge Brende, dont le pays était le coorganisateur de la conférence, avec l’Egypte.  Il n’a pas détaillé à quoi allait être affectée l’autre moitié de l’aide promise.

Les Etats-Unis et le reste des pays de la communauté internationale ne veulent plus se satisfaire d’un cessez-le-feu, comme actuellement, entre Israël et les factions palestiniennes armées dans la bande de Ghaza, entré en vigueur le 25 aout. «Un cessez-le-feu, ce n’est pas la paix,  nous devons nous rasseoir à la table (des négociations) et aider les parties à faire des choix difficiles», a déclaré John Kerry. «Ces choix dépassent un simple cessez-le-feu parce que même le cessez-le-feu le plus durable ne peut remplacer la paix, même le cessez-le-feu le plus durable ne peut remplacer la sécurité pour Israël et un Etat et leur dignité pour les Palestiniens», a-t-il ajouté devant les participants a la conférence du Caire.

«Ghaza reste une poudrière» et ses habitants «ont désespérément besoin de voir des résultats dans leur vie quotidienne», a dit le secrétaire général de l’ONU. «Vous devez comprendre le niveau de frustration (...). Comme secrétaire général, je suis très en colère» de la situation, a-t-il ajouté. Et de rappeler qu’«en 2009, la communauté internationale s’était déjà réunie» en Egypte pour la reconstruction de Ghaza. «Nous sommes a nouveau ici» et «le cycle construction-destructions se poursuit, il empire», a-t-il regretté, annonçant qu’il se rendrait aujourd’hui à Ghaza pour «écouter directement» les habitants de l’enclave. Ban Ki-moon a omis de dire que la bande de Ghaza n’avait rien reçu de cet argent.

Cette fois, les Palestiniens avaient demande 4 milliards de dollars, ils ont reçu des promesses de 5,4 milliards. La machine diplomatique palestinienne officielle a donc bien fonctionné. Mais une question irrite tout de même la population de la bande de Ghaza, principalement concernée par la reconstruction et le développement de son territoire : qui lui garantit que cette fois les promesses faites par les donateurs seront tenues ? Après la guerre de 2008-2009, lors d’une conférence similaire à Charm Echeikh, en Egypte aussi, la communauté internationale avait promis 7 milliards de dollars a Ghaza. Finalement, l’enclave palestinienne, contrôlée par le mouvement Hamas en solo à l’époque, n’a rien obtenu. Pour les pays donateurs, il n’était pas question de verser de l’argent à une organisation considérée par les Etats-Unis, Israël et plusieurs pays de l’Union européenne comme «terroriste».

Aujourd’hui, le mouvement Hamas dit avoir cédé la gouvernance de la bande de Ghaza à un gouvernement palestinien de consensus national composé de personnalités bénéficiant de la confiance de la communauté internationale. C’est ce même gouvernement qui s’est réuni à Ghaza, trois jours avant la tenue de la conférence du Caire, qui a élaboré le projet de reconstruction de l’enclave palestinienne dont il a estimé le coût à 4 milliards de dollars. Alors, pas de problème, diront certains.

Ce que tous les Palestiniens doivent savoir est que la communauté internationale n’est pas dupe. Les mouvements Fatah et Hamas, principaux concernés par la division palestinienne, malgré des centaines d’heures de discussions et l’annonce de plusieurs accords de réconciliation, n’arrivent toujours pas à éliminer les obstacles qui entravent l’application effective sur le terrain de ces accords. Un contrôle de tous les points de passage entre Israël et Ghaza, d’un côté, et l’Egypte et Ghaza, de l’autre, par des éléments désignés par le nouveau gouvernement est resté lettre morte.  Le mouvement Hamas veut avoir son mot à dire sur la question.

Pourtant, tout le monde sait qu’une levée du blocus israélien imposé sur la bande de Ghaza depuis 8 ans ne sera possible que si les éléments de l’Autorité palestinienne prennent la responsabilité des points de passage. L’autre choix, celui de la force, n’a aboutit qu’à plus de complications. L’héroïque résistance et les dures frappes contre l’Etat hébreu durant la guerre de cet été n’ont pas été suffisantes à pousser Israël à changer sa politique de blocus. La situation est au même point qu’avant la guerre, mais cette fois avec des besoins encore plus importants. Si les données ne changent pas sur le terrain et que les Palestiniens ne réussissent pas à mettre leurs intérêts partisans de côtéau bénéfice des intérêts nationaux, la population sinistrée de l’étroite bande côtière est condamnée a vivre dans la misère et l’insécurité.

L’argent des pays donateurs ne sera jamais versé et Israël continuera à agresser Ghaza à chaque fois qu’il lui plaira. De façon plus générale, c’est toute la question palestinienne qui risque d’être gommée des agendas internationaux. Seule une prise réelle du pouvoir dans la bande de Ghaza par le gouvernement de consensus national peut sortir Ghaza et le reste des territoires occupés de la situation catastrophique actuelle.
 

Categorie(s): international

Auteur(s): Fares Chahine

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