Rencontre avec un cinéaste, un plasticien et un comédien : Cercle des poètes

Elwatan; le Jeudi 9 Fevrier 2012
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Un froid incisif balayait les murs de Nanterre. Nous nous retrouvons nez à nez avec une expo géante de formes, installée en plein boulevard, en hommage aux droits de l’homme. Nous traversons un grand parc jouxtant un lac scintillant. L’eau nous renvoie un ciel triste, tellement triste. Nous nous engouffrons dans l’appartement de Cheïkh Djemaï, un documentariste à la filmographie riche qui venait de terminer Frantz Fanon, une vie, un combat, une œuvre. Il est allé jusqu’aux Antilles, pays d’origine du médecin psychiatre, pour retrouver les traces d’une pensée fulgurante. Un documentaire d’une grande beauté retraçant l’itinéraire impressionnant d’un militant de la cause algérienne.

Lakhdar Mokhtari est revenu quasiment en transe de sa Dernière danse des morts, une pièce lue par des comédiens professionnels à Strasbourg. Une sorte de Les martyrs reviennent cette semaine de Tahar Ouettar. A en juger : un orage d’une rare violence éclate. Les morts se mettent à ressusciter. Ils viennent demander des comptes aux vivants. Panique dans la ville… Vous avez tout compris. Ou presque… Le comédien et metteur en scène, en perpétuelle création, se met brièvement en conciliabule avec Cheïkh au sujet de son scénario sur un personnage immortel de Maghnia, sa ville natale. Lakhdar, le comparse et l’ami de Alloula, celui qui a joué dans Arlequin valet de deux maîtres, Les Dires, Les Généreux. Il a été aussi assistant de Med Hondo dans la pièce de Kateb Yacine La guerre de 2000 ans. Et la liste est encore longue…

«Une partie de ma famille est restée au pays, mais des circonstances ont voulu que j’aille vers d’autres horizons», confesse-t-il. Othmane Mersali sortait tout frais d’une exposition picturale à Paris, place du Louvre. Chez lui, tout est prétexte pour une recherche, une quête du renouveau sur la lumière, la manière de transformer un thème réel et une abstraction partielle. Son béret vissé sur la tête, le peintre remémore avec nostalgie M’dina J’dida d’Oran, El Bahia. Dans ses toiles, on déambule avec bonheur dans ses ruelles et ses paysages panoramiques. Une véritable thérapie des sens.

«L’Algérie, Oran, ce sont ma mémoire», dit-il. Cheïkh, le cordon bleu, s’enhardissait dans la cuisine à surveiller la poêle d’où exhalait la senteur d’une sole de la Méditerranée et venir rejoindre la discussion au salon. On parle de Mémoire du voyage, son film sur les Tziganes, sélectionné au festival Images de la diversité et de l’égalité. On revient sur La nuit du doute, Paroles d’exil et autant de ses films consacrés. «On n’est jamais loin de son pays ; on y est tout le temps, malgré les distances…», avoue-t-il. Trois amis que l’amour de la création unit, que la géographie du bled rapproche. Nous nous sommes introduits quasiment avec effraction dans cet espace de la réflexion, du débat, de la concertation. Impressionnant ce que les artistes, les intellectuels puissent avoir le don de l’écoute, du partage, de l’humilité.
 

Categorie(s): culture

Auteur(s): Chahredine Berriah

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