Repère : La diplomatie russe entre en scène

Elwatan; le Mardi 7 Fevrier 2012
1


C’est aujourd’hui que la Russie engage sa diplomatie en Syrie, permettant de connaître sa proposition de sortie de crise. Celle-ci est d’autant plus attendue qu’elle intervient après un double veto russe et chinois, samedi, au Conseil de sécurité très mal perçu au regard de la situation faite au peuple syrien, et de la délégation conduite par le ministre des Affaires étrangères Serguei Lavrov, mais comprenant aussi, et peut-être surtout, le chef des services de renseignement extérieur, Mikhaïl Fradkov. L’ambassadeur russe à l’ONU, Vitali Tchourkine, avait souligné samedi, que «le Conseil de sécurité n’est pas le seul outil diplomatique sur cette planète». «D’autres outils vont être utilisés de manière énergique», a-t-il ajouté en référence à la démarche qui sera engagée dès aujourd’hui.

L’objectif déclaré : «faire tout son possible pour une stabilisation rapide de la situation en Syrie, via la mise en place rapide de réformes démocratiques indispensables». Une telle mission n’a pas bénéficié d’éléments susceptibles de garantir son succès. L’ambassadrice américaine à l’ONU, Susan Rice, confirme que les Russes avaient demandé que le vote soit reporté à la semaine prochaine. «Mais quand des gens meurent chaque jour et que les habitants de Homs sont attaqués, a-t-elle dit, il n’est pas question d’attendre.» A vrai dire, une telle réponse sied à la situation que vit la Syrie, mais était-ce la bonne, ou bien alors, le refus d’attendre ne visait-il pas en fin de compte la première grosse initiative diplomatique du genre de la Russie considérée comme un allié de la Syrie ? Et là, ce sont les Syriens qui en sont les otages et les victimes. Quelques jours de plus ce sont aussi quelques jours de trop pour le peuple syrien. Mais est-ce à dire que l’initiative russe a été mise en échec, alors qu’il se dit que Moscou refuse une réédition du scénario libyen, la résolution votée alors en 2011, n’envisageant en aucun cas, le renversement du régime libyen et une attaque militaire.

Mais là, l’opposition syrienne considère que le double veto constitue «un permis de tuer dans l’impunité». Plus que cela, en affirmant que «la volonté d’un pays de préserver ses intérêts, ne peut se faire en s’alliant avec une junte sanguinaire et corrompue», le CNS (Conseil national syrien) soulève un problème d’une autre nature, celui de la morale. Et peut-être même que la meilleure manière de défendre les intérêts en question consiste à ne pas les compromettre. Très certainement, et c’est ce qui est développé actuellement. Les analystes en font même un élément de base, d’autant plus que c’est la deuxième fois que la Russie et la Chine empêchent le Conseil de sécurité de sortir de onze mois de léthargie, alors que la répression a fait au moins 6000 tués, selon les bilans de l’opposition.

Il se dit souvent que la Russie dispose en Syrie au moins des facilités portuaires, renvoyant ainsi à cette notion réitérée même après la chute du communisme, d’accès aux mers chaudes, et là, il s’agit de la Méditerranée. La Syrie serait aussi un bon client des industries d’armement russes, mais la place qu’elle occupe pourrait paraître dérisoire, au regard d’autres gros clients dans la région, mais auprès d’autres fournisseurs. Bien entendu, la Russie récuse de telles accusations, et considère que les Occidentaux sont responsables de l’échec du vote de samedi, estimant qu’ils  n’ont pas fait assez «d’efforts» pour atteindre un consensus. De quelle nature ? Alors que le fossé se creuse en Syrie. Plus concrètement, en quoi consiste la mission à Damas de M. Lavrov ? Pour un spécialiste du Proche-Orient, la Russie «effectue une mission de reconnaissance» pour évaluer la situation sur place. Et après, se demande-t-on encore, car il y a urgence ?

Categorie(s): international

Auteur(s): Mohammed Larbi

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..