Repères : A l’ombre de G. Mollet et de F. Mitterrand

Elwatan; le Samedi 22 Decembre 2012
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Vous êtes chez vous, vous vaquez paisiblement à vos occupations et prenez grand soin de votre beau domaine, quand tout à coup, une horde de brutes sauvages l’envahit, vous repousse, enfume et exécute vos proches qui résistent,  réduit en esclavage les survivants, leur interdit de parler leur langue, les refoule sur les terres les plus ingrates de votre propriété et déclare urbi et orbi qu’ils sont chez eux. Jusqu’au jour où vos descendants se révoltent et, malgré l’acharnement de ceux qui vous occupent – ils torturent, massacrent,  brûlent vos douars au napalm  –,  vous réussissez  à  les chasser.

Cinquante ans après votre victoire, l’un des leurs vous rend visite, tout sourire, toute bonhomie largement affichée. Vous l’accueillez très poliment, vous attendez qu’il dise à quel point il regrette et condamne l’ignoble comportement de ses prédécesseurs,  les crimes qu’ils ont laissé commettre.
Hélas, frileux, buté, il refuse de parler de crime contre l’humanité.

Certes, il lâche du lest, parle massacre, torture, mais lui-même n’y est pour rien, dit-il à l’un des vôtres, il n’était pas né à l’époque (sic !), et les siens n’y sont pour rien non plus. C’est la faute à «un système profondément injuste et brutal ». Brutal seulement ? Les millions de morts de faim et de maladies, d’enfumés et de massacrés, de torturés et d’esclavagisés, de femmes violées, apprécieront.

Mais surtout qu’est-ce que ce système apparemment anonyme, d’où vient-il, qui l’a mis en place et défendu à coups de bombes et de mechtas incendiées ?  Est-il tombé du ciel, a-t-il jailli de l’enfer ?  L’émissaire n’en sait rien, ou ne veut pas le savoir. A l’entendre, ce système  s’est auto-conçu, il n’a pas de patrie,  pas de responsables, la «colonisation» s’est faite toute seule, sans colonisateurs, sans décideurs politiques – sans les socialistes, évidemment, sans Guy Mollet, François Mitterrand, Max Lejeune, Robert Lacoste, sans généraux, de Bugeaud à Massu, sans légionnaires et sans rappelés – une colonisation aux mains propres, somme toute, ou sans tête et sans mains.
 Alors, en effet, quel sens y aurait-il à se désolidariser totalement d’hommes politiques et de militaires qui n’y sont pour rien dans «les souffrances que la colonisation a infligées aux Algériens», quel sens y aurait-il à condamner un «système» qui a fonctionné sans personne pour l’instituer, le maintenir et le défendre ?

«Reconnaître les fautes du passé, et les fautes commises par l’Etat, ne rien occulter des heures sombres de notre histoire, c’est tout simplement défendre une idée de l’homme, de sa liberté et de sa dignité», a déclaré un président de droite en 1995, lors de la commémoration de la Rafle du vélodrome d’hiver de 1942, organisée, à la demande des Allemands, par l’Etat français.
Qu’un président de gauche, venu en Algérie pour dire «ce qu’est la vérité, ce qu’est l’histoire», n’ait pas eu le courage ni l’honnêteté de Jacques Chirac n’est pas seulement stupéfiant : c’est lamentable.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Maurice Tarik Maschino

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