Repères : El Hamel face à une émeute interne

Elwatan; le Mardi 14 Octobre 2014
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Un retour de «matraque» inédit mais prévisible. La désobéissance de forces de police dans la ville de Ghardaïa est symptomatique d’un profond malaise qui ronge ce corps régulièrement mobilisé pour mater les révoltes citoyennes. Une mutinerie révélatrice de l’échec patent de la politique répressive décidée par le pouvoir politique à l’égard des problématiques objectives. L’option du tout-sécuritaire pour solutionner la crise multiforme dans laquelle est engluée la vallée du M’zab s’est révélée une réponse inadaptée et surtout irresponsable. La police ne peut indéfiniment combler une faillite politique.

Les troupes de police, érigées en instrument de répression entre les mains du pouvoir politique, abusivement employées, ont fini par se retourner contre les donneurs d’ordre. Soumises à un rythme de «travail» infernal, les forces ont fini par craquer à Ghardaïa, où la population, elle aussi, est enserrée dans un cycle de violence. Durant les premiers cinq mois de l’année 2011, les brigades antiémeute sont intervenues toutes les deux heures pour réprimer les mobilisations en faveur de la démocratie seulement à Alger. Pas moins de 2777 opérations de «maintien de l’ordre» ont été recensées. En coulisses, plusieurs policiers évoquent d’«intenables pressions et des conditions de travail difficiles». De nombreux officiers de police ont fini par jeter l’éponge en écourtant leur carrière pour dénoncer un fonctionnement «déréglementé». D’autres ont été poussés au suicide. C’est le cas d’un jeune policier qui s’est donné la mort en se tirant une balle avec son arme, l’an dernier dans la ville de Ghardaïa. Une sonnette d’alarme que la DGSN a réduite à un fait isolé.

Occupé plus à soigner son image d’homme aux ambitions politiques dissimulées qu’à élaborer une réforme profonde de la police, le patron de la DGSN, Abdelghani Hamel, fait face à une émeute interne. Il se fait rattraper par la réalité d’un corps gravement atteint. L’assassinat dans son bureau de l’ancien DGSN, Ali Tounsi, était un signe de la dégradation qui a gagné la police où la discipline est censée être de rigueur. Les désaccords mal cachés entre le ministère de l’Intérieur et la DGSN n’ont pas manqué d’envenimer le climat. Partout dans le pays, les citoyens ne cessent de dénoncer l’arrogance et le népotisme qui caractérise cet appareil. La confiance est rompue, y compris dans ses rangs. La politique de l’augmentation massive des effectifs de la police, que le pouvoir a cru bon fidéliser en monnayant une revalorisation conséquente des salaires, s’est avérée infructueuse.

Mais au-delà de la colère des policiers livrés à eux-mêmes dans la vallée du M’zab avec l’impossible mission de résoudre une crise fondamentalement politique, c’est toute la mission de la police nationale qui est brusquement posée. Dans un Etat autoritaire, la police ne sert que d’appareil répressif. En Tunisie, lors de l’insurrection de 2011, la police, qui a longtemps été brutale dans la répression de militants démocrates, s’est retournée contre le régime de Ben Ali quand le vent de liberté a soufflé.
 

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Hacen Ouali

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