Repères : «L’ONU, et rien que l’ONU»

Elwatan; le Samedi 22 Decembre 2012
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Le chef de l’Etat français a tenu, jeudi, au sujet du conflit du Sahara occidental, un discours nouveau, en tout état de cause susceptible de lever bien des ambiguïtés et de répondre à des attentes, principalement des Sahraouis qui demandent à la France de mettre fin à son parti pris en faveur du Maroc. «L’ONU, rien que l’ONU et toutes les résolutions de l’ONU», a ainsi déclaré à Tlemcen François Hollande lors de sa conférence de presse, la seconde en vingt-quatre heures.

Mais aussi la deuxième fois où son appréciation était sollicitée, avec une différence remarquée, mais sera-t-elle pour autant remarquable ? Toute la question est là. Mercredi, quelques heures après avoir foulé le sol algérien, François Hollande a bien sûr été interrogé sur cette question, et comme réponse, il avait alors déclaré que son pays était pour un règlement de ce conflit «dans le cadre des Nations unies». Pour la plupart des analystes, la réponse est a priori vague, et que par conséquent, il fallait des précisions après la question ayant été soumise à un long parcours fait de manipulations et aussi de tentatives de rechercher ce qu’on appelait, dès le milieu des années quatre-vingt-dix, une solution politique dans le cadre de l’ONU.

C’était l’époque où l’ONU s’attelait à «remettre sur les rails» un processus de paix qui était bloqué du fait de la politique d’obstruction du Maroc pourtant signataire de l’accord avec le Front Polisario. Le plan en question prévoyait un référendum lors duquel les électeurs sahraouis devaient choisir entre l’indépendance et le rattachement au Maroc. En 2003, l’ONU a définitivement mis les choses au clair avec une décision de son autorité juridique qualifiant le Maroc de puissance d’occupation. Ceci d’un côté, tandis que de l’autre, il ne lui a jamais été reconnu le statut de puissance administrante. Ce qui veut dire que c’est un territoire occupé et qu’une telle question relève de la décolonisation. L’ONU, à vrai dire, n’a pas attendu cet avis pour prendre en charge cette question comme en témoignent ses multiples résolutions. Et aussi comme le prouvent les référents qui surmontent ou encadrent ces textes, la principale d’entre toutes étant la résolution 1514 qui contient la «déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux».

Ou encore la fameuse liste des territoires non autonomes recensés par l’ONU, et le Sahara occidental continue à y figurer, comme l’a rappelé ce même mercredi l’Assemblée générale de l’ONU. Pour ainsi dire, l’approche est tout simplement verrouillée, et il est tout simplement impensable de vouloir y trouver des aménagements, les seuls envisageables par le Conseil de sécurité étant ceux qui s’inscrivent dans la perspective de l’autodétermination du peuple sahraoui. C’est à cela que s’activent depuis 1997 les différents envoyés spéciaux des Nations unies pour le Sahara occidental, avec pour objectif de faire aboutir le plan de paix. Jamais les résolutions en question n’ont eu d’autre objectif que celui-ci, et c’est pourquoi les propos du chef de l’Etat français tenus à Tlemcen paraissent plutôt inédits, la France ayant à l’occasion du voyage de son Premier ministre, Jean Marc Ayrault, au Maroc le 12 décembre dernier, apporté son soutien à la position marocaine, alors même qu’elle s’éloigne totalement du plan de paix. Difficile aussi de ne pas parler d’effet suédois, puisque le Parlement de ce pays a décidé de reconnaître la République arabe sahraouie démocratique (RASD). Ou plus largement des campagnes menées par les europarlementaires et les organisations européennes qui dénoncent l’occupation marocaine, les violations des droits de l’homme et le pillage des ressources du Sahara occidental.

Le statu quo devenait intenable, et si le pas a été franchi, c’est pour en sortir et entraîner sur cette voie la diplomatie européenne. Autant de paramètres dont il est difficile de ne pas en tenir compte. Que renferme alors la formule du tout ONU du chef de l’Etat français ? Obéissant lui aussi à la règle du consensus, le prochain vote du Conseil de sécurité ne devrait pas révéler quoi que ce soit.

Categorie(s): international

Auteur(s): Mohammed Larbi

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