Rien n’a changé

Elwatan; le Mercredi 26 Decembre 2012
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La course aux postes de sénateur est lancée. Vendredi prochain, le Conseil de la nation doit être à moitié renouvelé. Rien de plus normal après les élections locales et législatives que la Chambre haute ouvre la moitié des sièges à un processus électoral qui concernera, cette fois, les élus pour une majeure partie. L’autre partie, celle du tiers présidentiel, fera l’objet, elle aussi, pour moitié d’une désignation par le président de la République. Un processus normal, disions-nous, ailleurs, sous d’autres cieux sans doute. Sauf que chez nous, il ouvre la porte, comme pour toutes les élections qui l’ont précédé, à toutes sortes de tractations de marchandages où l’argent, le clientélisme et le clanisme sont de manière générale omniprésents. Bien sûr, les exceptions qui existent ne font que confirmer la règle, ou plutôt le procédé par lequel les impétrants au titre de sénateur arrivent à leurs fins.

Si à la fonction elle-même se rattachent des avantages personnels évidents auxquels beaucoup ont du mal à résister, il est tout aussi vrai qu’elle «ouvre toutes les portes ou presque» aux amis, aux «faiseurs de sénateurs» qui ont mis argent et réseau à contribution au profit du candidat. En retour, et c’est là l’objet du «deal», ils attendent obtention de marchés publics, coups de pouce et autres faveurs de la part de l’administration dans la délivrance de permis ou l’acquisition de terrains et autres passe-droits qu’un sénateur ne peine pas à obtenir.
La caractéristique du système politique algérien actuel fait que les choses ne changeront pas de sitôt en la matière. Abdelaziz Bouteflika lui-même ne semble pas du tout disposé à faire en sorte que de pareilles pratiques disparaissent.

Et ce, même si au lendemain de son accession à la présidence de la République, en 1999, il n’avait pas caché une certaine méfiance à l’égard du Conseil de la nation dont il disait ne pas comprendre sa raison d’être. Méfiance de façade sans doute, puisque treize ans plus tard, il se plie encore à la tradition de désigner des personnalités choisies ou qui lui sont proposées, selon des critères qui tiennent aux mêmes considérations qui consistent à satisfaire une région, un «groupe», etc. Toujours sur recommandation.

Dans un tel contexte, on comprend que cela suffit à aiguiser les ambitions personnelles et les appétits financiers plus que tout autre chose que la compétence ou la contribution au bien-être de la collectivité. Dans cette course à la rente, les cris d’orfraie poussés par le comité central du FLN, qui accuse le secrétaire général, Abdelaziz Belkhadem, et «son projet destructeur», laissent perplexes quand on sait que l’ancien parti unique avait tout concentré à son niveau, y compris cette prérogative de répartir la rente. Cette «sortie» des militants, à la veille des sénatoriales, est loin d’être anodine. Elle confirme pour une part que les élections de vendredi prochain ne seront pas différentes de celles qui ont eu lieu avant.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Reda Bekkat

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