Sa tombe serait située près de Koléa : L’homme qui aurait vu enterrer Maurice Audin...

Elwatan; le Jeudi 16 Octobre 2014
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L’histoire commence comme un conte : «J’étais, à l’époque, un jeune adolescent. Je gardais une vache dans le cimetière de Ben Salah (à trois kilomètres d’Oued Alleug, dans les environs de Koléa).» A Oued Alleug, le lieutenant Argentin Lagaillard est tristement célèbre : les prisonniers questionnés par ses soins finissent tous dans le cimetière de Ben Salah, un quartier entouré de grillage, un centre de concentration à ciel ouvert. On creuse à peine le sol, on y met le corps et on le recouvre sommairement de terre. Abraz Mustapha, habitant à El Matmar, un quartier de résistants, connaissait tout le monde. Après le départ des militaires, il déterre, sans peine, le corps pour l’identifier, et renseigne les parents du mort pour qu’ils puissent l’inhumer dignement.

«Un soir de l’été 1957, c’était la fin du mois de juin, il était dix-huit heures passées, je vois un véhicule militaire 4X4 avec huit parachutistes à bord s’arrêter non loin de ma vache et moi. Je les ai bien vus, ce n’étaient pas des soldats de Lagaillard, ces derniers ramènent toujours avec eux des harkis en grand nombre ; ni la tenue, ni le véhicule ne ressemblaient à ce que j’avais l’habitude de voir à Oued Alleug. Je les ai vus jeter un corps dans une fosse qui existait déjà et le recouvrir de terre. Après leur départ, je m’approche de la ‘‘tombe’’ et découvre le mort. Ce n’était pas quelqu’un de la région. Il ressemblait à un Européen, habillé d’une veste légère. C’était certainement du daim», ajoute-t-il, impressionné par la qualité du tissu.

Abraz Mustapha, qui se souvient du moindre détail de cette affaire,  semble (presque) convaincu que le corps qu’il a vu, ce soir de juin 1957, enterrer dans le cimetière de Ben Salah, près d’Oued El Alleug par les parachutistes, est celui de Maurice Audin.
Pour l’histoire, rappelons que l’affaire Maurice Audin alimente la chronique historico-politique depuis cinquante-sept ans. Le 11 juin 1957, Maurice Audin (né le 14 février 1932 à Béja (Tunisie) professeur de mathématiques à la faculté d’Alger et militant communiste de l’indépendance algérienne, soupçonné d’héberger des membres actifs du Parti communiste algérien (PCA) est arrêté, chez lui, sur dénonciation, par les parachutistes. Dans la nuit même, il est emmené dans une villa à El Biar, sur les hauteurs d’Alger pour y être interrogé. Il ne donnera plus signe de vie.

Un rapport émanant de la 10e région militaire, 10e division parachutiste, 1 RCP (référence : N. de S. n°636/col) du colonel commandant le secteur Alger-Sahel en date du 24/6/57 fait part de «l’évasion» de Maurice Audin, «détenu au centre de triage d’El Biar, (qui) devait subir un interrogatoire par la P.J., le 22 juin 1957, au matin». C’est le début d’une terrible galère pour Josette, sa femme, qui remuera ciel et terre, en vain, pour retrouver la trace de son époux. Dans La Vérité sur la mort de Maurice Audin (édition Equateurs, 2014), l’auteur, Jean-Charles Deniau, réalisateur de documents historiques et journaliste d’investigation, retrace les derniers moments du jeune mathématicien.

Se basant sur le témoignage du général Paul Aussaresses avant sa mort, il explique que c’est le général Massu qui a donné à ses hommes l’ordre d’exécuter Maurice Audin. Il a été décidé d’en faire un exemple. «L’ordre est alors donné par Massu à Aussaresses dont les sbires vont emmener Audin de nuit dans les faubourgs d’Alger pour l’exécuter à l’arme blanche et l’enterrer dans une fosse dans un endroit que l’on ne connaît pas avec exactitude». Selon les dires d’Aussaresses, le corps de Maurice Audin se trouve dans une zone qui se situerait entre Zéeralda et Koléa…

Categorie(s): magazine

Auteur(s): Rahmani Mohamed

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