Salah Bouchemal. Expert en aménagement : «La ville ne doit plus fonctionner à travers un système dichotomique»

Elwatan; le Mercredi 7 Octobre 2015
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- Aïn Beida souffre de moult incohérences urbanistiques. A quoi attribuez-vous cette situation ?

Je répondrai par ce que j’ai toujours dit dans mes travaux au sujet de la ville algérienne, parce que, globalement, les tares ont partout la même origine. Elles relèvent d’un enchevêtrement de facteurs liés aux pratiques des acteurs de l’urbanisme (habitants, professionnels et gestionnaires) et des politiques urbaines qui n’ont pas pu juguler les avatars d’une explosion urbaine stimulée par une croissance démographique extrêmement forte. Pour l’essentiel, les défaillances résident dans l’absence d’une philosophie du projet urbain et d’une politique claire de la ville.

À cela, j’ajouterai la mise en œuvre du plan d’urbanisme par des organismes urbains souvent impotents, faiblement soudés dans leur logique de fonctionnement et sans grande marge de manœuvre technique et financière. Ces derniers sont, en plus, engagés dans la gestion d’opérations de «coups partis» et sommés de parer aux plus pressés, sans oublier ceux qui se sont arrimés à l’affairisme foncier.

- La ville ne risque-t-elle pas de vivre une situation similaire à celle des métropoles, comme Constantine,  Alger... ?

L’extrapolation peut sembler farfelue, mais elle est à sa place car la problématique est la même et c’est juste une question de temps et d’échelle, d’autant plus que par sa démographie, la ville d’Aïn-Beïda est classée dans la catégorie des grandes villes si l’on se réfère à la loi relative à l’aménagement et au développement durable du territoire.

Elle est la seule de la wilaya d’Oum El Bouaghi à être dans cette position, et comparée à des villes de même rang, elle est à leur traîne, alors qu’autrefois elle était bien au-delà de leur dynamisme, grâce au commerce notamment, le facteur fondamental ayant fait de la ville le point nodal de la région. Mais son dynamisme ne se limitait pas au seul aspect commercial, parce que la ville était aussi importante par d’autres activités.

- Existe-t-il des solutions pour corriger les incohérences et par là même améliorer le cadre de vie des citoyens?

Les solutions existent, mais dans un contexte où préside l’incertitude des démarches, il n’est pas facile d’aller au fond des actions qui les articulent, d’autant plus que la ville d’Aïn-Beïda a longtemps été un laissé-pour-compte et continue à subir une crise multiforme.

On peut néanmoins discuter d’une alternative reposant sur une dynamique qui pourrait être enclenchée par une prise de conscience des pouvoirs publics qui devraient mettre de l’ordre en procédant à une action de rattrapage pour permettre à la ville de se hisser au même niveau de développement que les villes de même poids démographique, à l’exemple de Jijel ou Khenchela. Mais, il faudrait au préalable la pourvoir de prérogatives qui l’affranchiraient des contraintes administratives actuelles, en lui faisant dépasser le statut de chef-lieu de daïra, un échelon sans coudée franche.

La ville ne doit plus fonctionner à travers un système dichotomique désunissant administrateurs et administrés mais à travers un système homogène où administrateurs et administrés promouvront ensemble le progrès partagé d’un bien commun. On est-là dans une vision qui peut paraître chimérique mais rien n’est impossible pour peu qu’une tentative de rapprochement entre différents acteurs soit actionnée.                                                                                                

Categorie(s): actu est

Auteur(s): Baâziz Lazhar

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