Situation humanitaire chaotique

Elwatan; le Vendredi 10 Fevrier 2012
64794


Les Organisations des droits humains s’inquiètent de l’escalade de la violence en Syrie. Avant-hier, Médecins sans frontières a dénoncé les pratiques du régime qui persécute blessés et médecins. Selon l’ONG, «la médecine est utilisée comme une arme de persécution» et les blessés font face à une «répression sans merci». Les témoignages recueillis hors du pays par MSF font état du refus des «blessés de se rendre dans des hôpitaux de peur d’y être torturés ou arrêtés» et de la crainte des médecins de demander des poches de sang à la banque centrale de sang, placée sous la tutelle du ministère de la Défense. MSF a également déploré son incapacité à intervenir sur le terrain suite aux vaines tentatives d’obtenir des autorisations officielles pour travailler en Syrie. Vendredi dernier, Human Rights Watch (HRW) lançait, de son côté, un appel à «cesser la torture des enfants».

L’ONG aurait réussi à interroger une centaine d’enfants syriens depuis le début de la contestation. Douze enfants auraient été arrêtés, torturés et détenus dans des conditions inhumaines. HRW accuse également le régime d’avoir pris pour cibles les enfants à l’intérieur de leur maison, dans les écoles et dans la rue. Amnesty International n’est pas en reste. Dans son rapport-bilan d’une année de rébellion publié à la mi-janvier, Amnesty dénonce l’usage excessif de la force, y compris létale, contre les civils en Syrie où la situation humanitaire, déplorable depuis quarante ans, s’est considérablement dégradée depuis le début de la contestation. Le coût de cette dernière en vies humaines était, en novembre, de 3250, dont 200 enfants, selon les informations obtenues par Amnesty International.

Un mystérieux Observatoire

A la même période, le Haut-Commissariat aux Nations unies parlait de 5000 morts. Ils dépasseraient désormais les 6000. Des chiffres et des informations dont la crédibilité est de plus en plus remise en cause, leur principale source, si ce n’est la seule, étant l’Observatoire syrien des droits de l’homme. Possédant deux sites internet qui prétendent tous les deux en être le site officiel, il est établi à Londres et n’est donc pas témoin direct de la situation en Syrie. Il fait face à de nombreuses attaques : il ne serait que la version syrienne de la Ligue libyenne des droits de l’homme basée elle aussi à Londres et dont une grande partie des informations s’est avérée erronée. Interrogés, Peter Harling de l’International Crisis Groupe nous a déclaré que le groupe ne se fiait pas au nombre de victimes en circulation, tandis que Jean-Marie Fardeau, directeur de Human Rights Watch en France, les juge «fiables».

«Les Nations unies font des travaux de regroupement des informations pour pouvoir annoncer le nombre de victimes, entre 5400 et 6000. Pour nous, ces chiffres sont plausibles.» D’après Jean-Marie Fardeau : «L’Observatoire n’est pas la seule source d’informations, des associations de défense des droits de l’homme, les comités locaux de coordination (qui fourniraient l’OSDH en informations, ndlr), ainsi que les ambassades en lien avec la population, arrivent à faire parvenir l’information à l’étranger», bien que cette tâche soit difficile.

Risque de désinformation

Mais des personnes annoncées mortes par l’Observatoire ont été retrouvées vivantes. Une des plus célèbres est Zeyneb. Des vidéos la montraient décapitée, démembrée et entièrement écorchée avant qu’elle n’apparaisse vivante à la télévision. Dans une vidéo, des Syriens annoncés morts et victimes du régime syrien sont montrés vivants et témoignent avoir été victimes de bandes armées dont l’existence est très peu relatée. Mohamed Merai, un jeune qui a été filmé en train d’en parler aux observateurs de la Ligue arabe, est montré dans une vidéo pendu sur une place publique par les opposants. Ces «erreurs» et «omissions» de la part de l’Observatoire ont poussé la Commission générale de la Révolution syrienne à l’accuser de porter préjudice au Conseil national syrien.

Joint par téléphone, Oussama Mohammed, réalisateur et militant syrien en France, déclare qu’«il existe des centres qui font un travail minutieux afin de répertorier les victimes. Le plus fiable est le Centre de documentation des violations des droits de l’homme en Syrie. Seules les victimes, dont la mort a été confirmée, sont annoncées, qu’elles soient parmi l’opposition ou l’armée». Quant aux responsables de la mort des militaires, le militant estime que «la vérité ne sera élucidée que lorsqu’un Etat de droit sera établi en Syrie». Le militant regrette cependant que la contestation, qui était «purement pacifique», ait recours à la violence. «On ne peut combattre un régime criminel par ses propres moyens, mais le principe de la légitime défense a imposé certains choix. Il y a eu, dès le départ, une volonté de casser le mouvement de protestation par les pires moyens : assassinat, torture, arrestation ‘‘au sens syrien’’ du terme et terrorisme.»

Face à cette répression, «quelle autre réponse auraient pu avoir des membres de l’armée forcés de tirer sur des manifestants pacifistes ?» que de déserter et de protéger les civils, s’interroge le militant. Et d’ajouter : «Tous les membres de l’armée ne sont pas des criminels, mais il est vrai que le recours aux armes de cette façon est un fait inquiétant. J’espère que la contestation restera pacifique, elle l’est dans son fond.» Quant aux bandes armées, dont parlent certains Syriens, il pourrait s’agir de groupes terroristes islamistes, tel que rapporté par la journaliste anglo-libanaise, Hala Jaber. D’autres pensent qu’il s’agit de shabiha (baltaglia syriens lourdement armés) ayant changé de camp. Pour Oussama, c’est l’occasion pour le régime de «reconnaître l’existence de cette shabiha et de faire son mea-culpa. Mais Jusqu’à présent, le régime n’a pas reconnu la moindre victime civile».

Le militant ne croit donc pas à l’innocence du régime quant au récent massacre de Homs, ayant fait dans les 200 victimes qui se produisaient à l’heure où le Conseil de sécurité se réunissait, mais reconnaît que la situation est de plus en plus complexe. Difficile de savoir combien de victimes sont tombées, ni d’identifier les responsables de leur mort, mais une chose est sûre, la situation sécuritaire et humanitaire en Syrie est de plus en plus chaotique.

Categorie(s): international

Auteur(s): Mehdia Belkadi

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..