Somalie : Les Shebab commettent un carnage à Beledweyne

Elwatan; le Mercredi 20 Novembre 2013
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Mogadiscio (Somalie)

De notre envoyé spécial

Elle l’a encore une fois prouvé hier en menant une attaque à la voiture piégée vers 11h15 (heure locale) contre un poste de la police somalienne à Beledweyne, une ville garnison située à environ 350 km au nord de Mogadiscio. Bilan provisoire de l’attaque : au moins 17 personnes ont été tuées dont 4 civils.  

 

L’information, confirmée à El Watan, par le colonel Ali Aden Houmed, porte-parole des forces africaines de l’AMISOM dont le quartier général se trouve à Mogadiscio, fait état de la mort de 12 policiers somaliens. 11 policiers Djiboutiens ont été également gravement blessés. L’un d’eux succombera à ses blessures lors de son évacuation à l’hôpital. Des sources proches des autorités somaliennes révèlent, en outre, que des militaires de diverses nationalités ont été blessés lors du raid des Shebab.

 

Ce bilan, pour le moins très lourd, montre que les Shebab ont minutieusement préparé leur attaque et comptaient frapper les esprits. Après avoir, en effet, fait sauter les portes du commissariat de Beledweyne à l’aide d’une voiture bourrée d’explosif, leur commando s’est introduit dans l’enceinte du bâtiment et a ouvert le feu sur les personnes qui s’y trouvaient. Dans la confusion ambiante, un hélicoptère des Nations Unies qui transportait un groupe de journalistes étrangers et qui devaient se rendre sur place, pour se rendre compte des efforts accomplis par l’AMISOM pour restaurer la sécurité dans la ville, a dû immédiatement rebrousser chemin et rallier la capitale somalienne de toute urgence.

 

Enjeux de pouvoir sur fond de terrorisme

 

Depuis quelques mois, Beledweyne est devenue la cible privilégiée des Shebab. Pas loin qu’en octobre dernier, un attentat à la bombe ayant visé un restaurant de la ville connu pour être fréquenté par les soldats de l’AMISOM et de l’armée éthiopienne avait fait 16 morts. L’acharnement contre Beledweyne s’explique par le fait qu’il s’agit d’une localité stratégique pour les Shebab dans la mesure où elle constitue la principale voie d’accès à la province éthiopienne de l’Ogaden. Ils y ont d’ailleurs été chassés il y a plus d’un an par les forces somaliennes et l’AMISOM forte aujourd’hui de plus de 17.000 hommes.

 

Depuis qu'ils ont été totalement chassés de Mogadiscio en août 2011, les Shebab ont enchaîné défaite sur défaite et successivement abandonné leurs bastions du centre et du sud du pays. Ils contrôlent néanmoins encore de vastes zones rurales et optent désormais la guérilla et les opérations kamikazes. Notant justement l’urgente nécessité de «reprendre et renforcer la campagne militaire contre Al Shebab», le Conseil de sécurité de l’ONU a décidé la semaine dernière, à l’unanimité, d’autoriser les États membres de l’Union africaine à proroger jusqu’au 31 octobre 2014 le déploiement de l’AMISOM. Par la résolution 2124 (2013), le Conseil a approuvé, en outre, l’envoi de 4.400 soldats supplémentaires pour renforcer la force africaine, portant ainsi ses troupes à plus de 22.126 hommes. Les soldats supplémentaires devraient arriver au début de l’année prochaine.

 

Si l’augmentation des effectifs, décidée «pour une durée de 18 à 24 mois», devraient permettre de réduire considérablement les niveaux de violence en Somalie et d’asphyxier davantage Al Shebab, il faut bien comprendre que l’opération s’inscrit dans le cadre d’une stratégie globale de désengagement. Car, après ce délai, une contraction des effectifs sera envisagée. En clair, cela veut dire que l’AMISOM est appelée à partir bientôt. Mais au vu de la situation sécuritaire encore très instable et de l’extrême faiblesse de l’armée somalienne, il est cependant peut probable qu’une contraction des effectifs soit envisagée avant de 2016, date à laquelle doivent avoir lieu des élections générales cruciales dans le pays.

 

Et même lointain, les enjeux de pouvoirs liés à ce scrutin - qui doit permettre à la Somalie de se doter d’institutions élues démocratiquement - sont d’ailleurs aujourd’hui à l’origine d’une crise de confiance entre le président somalien et son Premier ministre qui paralyse l’Etat. Les tensions politiques entre les différents clans qui se partagent actuellement le pouvoir sont également particulièrement vives et n’augurent rien de bon. Le constat assez décevant, il faut le reconnaitre, fait dire à de nombreux observateurs que l’AMISOM restera certainement encore pour longtemps le garant de la stabilité et de la sécurité en Somalie.

Categorie(s): international

Auteur(s): Zine Cherfaoui

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