Sortie demain, en DVD, du film documentaire Hnifa, une vie brûlée

Elwatan; le Samedi 7 Mars 2009
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Réalisé l’année dernière par Ramdane Iftini et Sami Allam, le film documentaire Hnifa une vie brûlée, sort demain en DVD aux éditions Izem en Algérie. C’est ce que nous confirme un des réalisateurs de l'œuvre, Ramdane Iftini.
Ce dernier indique aussi, que le film documentaire en question est déjà sorti, en DVD, en janvier dernier aux Etats-Unis et au Canada. L’œuvre a obtenu plusieurs prix, à savoir le prix Olivier d’Or du meilleur film documentaire lors du Festival du cinéma amazigh, qui s’est déroulé à Sétif en janvier 2008. En mars de la même année, il est récompensé du prix du Meilleur scénario, à l’occasion du Panorama du cinéma algérien. Comme il est crédité du prix du Meilleur documentaire lors du Festival international du film amazigh qui s’est tenu à Agadir au Maroc, en juin dernier. Il boucle l’année 2008 avec une sélection hors compétition, en octobre, à l’occasion du festival de Carthage (Tunisie). Le film documentaire met en lumière, en une heure, la vie de la chanteuse kabyle Hnifa. Le parcours de l’artiste est intégré dans un environnement vivant, avec ses contraintes et contrastes multidimensionnels. Ainsi, est recomposé le vécu algérien durant la période coloniale et post-coloniale. Comme sont évoqués aussi, des artistes, à l’exemple de Hadj M’hamed El Anka, Hadj Mrizek, M’hamed Issiakhem, Amrani Missoum, Mahieddine Bachtarzi, Slimane Azem, Saâdaoui Salah, Fadhila Dziria, Cherifa, Djamila, Nouara, Meriem Fekkaï, Mohamed Amouche, Cheikh Noureddine, Arab Ouzelaguène et le chanteur tunisien El Djamoussi.
Le documentaire comporte deux témoignages. Il s’agit d’une des amis d’enfance de la chanteuse et de l’auteur-compositeur et interprète Kamel Hamadi. Ce dernier lui a composé une quinzaine de chansons. Des extraits de chansons de l’artiste sont introduits dans le documentaire qui mettent en relief la condition féminine, l’exil, l’amour déçu. Dans Leghna (Chant) Hnifa dit :
- «Ce ne sont pas des chansons
- Mais ce que j’ai enduré
- J’ai ramené petite ma fille
- Elle a souffert avec moi
- Je suis exilée
- On a dit qu’elle était morte
- S’arrêtant de porte en porte
- Sœur, pour ma chère mère
- Je n’abandonnerai pas le pays.»

L’artiste n’évoque pas seulement ses amertumes. Elle décrit ce qu’endurent les femmes en silence. Femmes délaissées par leurs maris, lesquels, partis en France à la recherche d’un travail, se retrouvent bercés, dans le giron d’un faux éden. Dans Amneggal (On te le jure), il est ainsi chanté en conséquence :
- «Si tu veux on te jurera par tous les cimetières
- Ton mari à Paris
- Fréquente les Françaises
- La Kabyle qui a tant enduré est destinée pour l’olivier
- Décide maintenant.»

Rappelons que Hnifa, de son vrai nom Zoubida Ighila Larbaâ, est née le 4 avril 1924 à Ighil M’henni à Azeffoun en Kabylie. Au début des années 1930, sa famille quitte le village pour s’installer à La Casbah d’Alger mais ne tardera pas à revenir vers la terre nataleA dix-huit ans, son père la marie à un ami d’un village voisin. Six mois plus tard, elle quitte le domicile conjugal, puis emmène sa mère à Alger et se remarie. Cette union a duré trois ans et s’est soldée par un échec. De cette union est née une fille. Vivant dans la précarité et contrainte de subvenir aux besoins de sa mère et de son enfant, elle travaille comme femme de ménage. Elle vit dans une baraque au bidonville de Clos-Salembier qu’elle partage avec la chanteuse Cherifa. Cette dernière la convainc à intégrer la radio où elle est encadrée par Mustapha Hasni puis par Cheikh Noureddine. Elle débute dans le groupe de la chorale féminine animée entre autres par Cherifa, L’a Yamina, Djamila, Zina, Ounissa.En juillet 1956, elle part en France et poursuit son œuvre. Entre-temps, elle active au sein de la Fédération de France du FLN. En 1959, elle enregistre en duo avec Kamel Hamadi Yidhem (Avec toi).Elle revient en Algérie en 1962. En 1974, elle interprète un rôle secondaire dans le feuilleton El Hariq (L’incendie) de Mustapha Badie. Elle repart en France en 1975. Elle donne son dernier concert en novembre 1978 à la Mutualité de Paris.Elle meurt à Paris le 23 novembre 1981. Elle est enterrée au cimetière d’El Alia à Alger.

Categorie(s): culture

Auteur(s): Amnay Idir

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