Sur le mur de Wassyla Tamzali

Elwatan; le Vendredi 15 Novembre 2013
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Ainsi donc l’Achoura serait une fête de réjouissances gastronomiques ! J’avoue que je préfère ces explications du site kabyle www la kabylie.com, son histoire féerique de l’arche de Noé et sa recette de couscous spécial, à ce que j’ai vu ce matin à l’université de Beyrouth. Je suis allée présenter un film sur le beau et tout moderne campus Rafic Hariri au département Théâtre, Cinéma et Art dans une partie de la ville à majorité chiite et où 80% des étudiants sont de cette profession. Ce jour de l’Achoura ici, c’était de mort et de mortifications qu’il s’agissait. Dans l’immense patio fleuri, des jeunes filles habillées de noir, devant des chevalets, s’appliquaient à peindre la scène du massacre de Hussein à Karbala. Si pour les musulmans du Maghreb, l’Achoura est une fête jouissive commémorant Moïse sauvant les juifs (en écartant la mer si je me souviens bien) ou Noé accostant après le déluge, -encore de l’eau-, pour les chiites, c’est de sang et martyre qu’il s’agit. Coupés de l’affluent de l’Euphrate qu’ils voulaient atteindre, assoiffés pendant 3 jours par les troupes du calife, le petit-fils du Prophète et ses 72 compagnons seront assassinés.

Là encore, l’eau joue un rôle important, d’ailleurs sur une table recouverte de noir, étaient offertes des petites bouteilles. Il y avait aussi des installations en noir et rouge réalisées par les étudiants. Effrayante mise en scène du sacrifice. Sur un panneau, des empreintes, celles, des étudiants, j’imagine, et une maxime  «Jamais on arrivera à effacer notre empreinte.» Puis, nous sommes entrés dans la salle de cinéma pour la projection du film. Autant de filles que de garçons, tous en jeans et aucune fille voilée. Deux mondes qui se partagent les mêmes espaces. Là est tout le Liban. Je retrouvai cette ville après de longues années et au fur et à mesure, ma vieille aversion pour «la démocratie libanaise» s’effritait. Bien sûr, je retrouvais aussi les mêmes problèmes, concernant les statuts des femmes, la vie politique, mais comment ne pas penser qu’aujourd’hui, le Liban est le seul pays où les chrétiens quand ils sont une minorité sont en sécurité ? Quoi qu’on pense des religions, ceci est important, même si cette pensée écorne notre idéal de démocratie. Pour finir, en voyant ces jeunes filles peindre des mains coupées, des sabres au clair, je pense, c’était aussi la mort de l’art qu’on célébrait ce matin de l’Achoura.

 

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Categorie(s): culture

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