Théâtre de Béjaïa : misère, misère d’Afrique

Elwatan; le Mardi 19 Novembre 2013
1


Fallait-il plus pour rendre compte de la misère ? Misère est une pièce de la compagnie «Les diseurs de vérité» venue du Bénin pour dire la misère du Béninois à travers laquelle se reflète la misère de l’Africain et celle «d’une jeunesse qui souffre en silence pour mourir doucement». La pièce, jouée dans la grande salle de la Maison de la culture de Béjaïa, pour le compte de l’avant-dernière soirée du festival international du théâtre, clôturé le 5 novembre dernier, a été un miroir du vécu béninois où les hommes font parler la corruption, le chômage, l’indigence, les brimades, le pouvoir, les injustices, les inégalités, la religion… dans des séquences, malgré tout, mêlées d’humour.

Par-là, c’est une chèvre qui se balade dans la ville, destinée à servir pour corrompre un chef de personnel recruteur. Par-ci, c’est un agent de l’ordre véreux qui pense qu’il est moins risqué de «voler beaucoup à un pauvre que peu à un riche». Et la proie est une pauvre femme villageoise illettrée. A un moment, on joue, avec les moyens de bord, un chauffeur de taxi qui slalome pour éviter des «trous» que les services de la voirie ne répareraient qu’à la visite «du pape ou du président de la République» (Tiens ! tiens ! un phénomène qui ne nous est pas étranger).

A un autre moment, on figure une situation de misère qui pousse de pauvres gens à se glisser dans une veillée funèbre pour pouvoir étancher une soif ou faire taire une faim. «La droiture n’est plus de ce monde» s’est exclamé un comédien avant que, à une autre séquence, on chasse un curé dont on juge «hypocrites» les louanges destinées à un homme mort, emportant sa faim avec lui. «On loue ses qualités alors qu’on devait lui donner à manger pour qu’il vive. C’est de l’hypocrisie totale», explique à El Watan Dravo Houenou Nicolas, metteur en scène et directeur artistique de cette pièce dont l’africanité qu’elle revendique se lie aussi dans les scènes de danse des comédiens.

Pourquoi diseurs de vérité ? «Parce que nous n’avons pas peur de dire la vérité. Si vous mourrez aujourd’hui, mieux vaut mourir fier et brave que de mourir en silence», répond Dravo Houenou. «Nous avons voulu que la pièce soit courte parce que nous sommes sûrs que l’Afrique ne restera pas miséreuse éternellement», déclare-t-il au public lui rappelant qu’un roi Béninois, en l’occurrence Béhanzin, né en 1845, est enterré à Blida (en 1906).

Categorie(s): culture

Auteur(s): Kamel Medjdoub

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..