Théatre : Le dernier souffle d’El Moudja

Elwatan; le Mercredi 4 Mars 2009
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Trente ans, ce devrait être l’âge de raison, surtout pour une troupe de théâtre qui aura su aligner les belles réalisations. Comme ces tournées mémorables à travers les villes et les villages, durant les années de feu, lorsque l’Algérie était mise à feu et à sang par les hordes terroristes.
Alors que de nombreuses troupes mettaient la clef sous le paillasson et que des cadres et des intellectuels hissaient les voiles vers des cieux plus cléments, des hommes et des femmes, parfois des enfants et des adolescents, tentaient, au péril de leur vie, de maintenir une activité culturelle, malgré les interdits et les assassinats. Dans ce coin isolé de Salamandre, bien avant l’érection de ces alignements d’immeubles et en l’absence sidérale de vacanciers, jeunes et moins jeunes se relayaient sur ces planches incertaines, pour dire leur différence et pour affirmer leur résistance face à cette déferlante intégriste. C’est dans le petit théâtre Osmane Fethi que l’un des géants du 4ème art, feu Sirat Boumediène, viendra s’éteindre peu avant le lever du soleil, le 20 août 1995. Bravant l’éloignement et l’indifférence, les membres de la troupe, dont de nombreux lycéens et collégiens, affluaient sans discontinuer, offrant à un public de plus en plus exsangue, des adaptations mémorables empruntées au patrimoine maghrébin et universel.

Puis vint l’éclaircie et dans son sillage l’opulence avec un programme ambitieux soutenu par l’Union européenne ; le théâtre retrouvera alors des couleurs et de nombreux visiteurs. Les pièces se feront plus nombreuses, les déplacements et les participations aux festivals d’ici et d’ailleurs plus rapprochés. On se mit à rêver que les années de vaches maigres étaient bien derrière nous jusqu’au jour où dans les officines, la décision de raser l’ensemble du front de mer interviendra comme un couperet. Pour Boudjemaa et sa troupe, les jours semblent comptés. C’est pourquoi, dans la grisaille de l’hiver finissant, le Petit Théâtre pourrait ne pas voir le printemps. Il en sera fini de cette halte incontournable pour tous les admirateurs de la culture et de Salamandre.

Qui ne se recrutent pas uniquement dans la faune locale, comme on pourrait le croire. Ceux qui ont participé à la commémoration du 30ème anniversaire sont repartis avec une grosse tristesse dans le cœur, à moins d’un miracle, ils ne pourront plus regarder le soleil se coucher depuis la scène, ni entendre les clapotis des vagues venir enlacer les piliers de soutènement. Les bulldozers en auront décidé ainsi et c’est ainsi que meurent les rêves. Avec la disparition programmée de son Petit Théâtre, Salamandre sera frappée au cœur. Elle ne s’en relèvera pas !

Categorie(s): mostaganem

Auteur(s): Y. A.

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