Thierry Coville. Chercheur à l’Institut des relations internationales et stratégiques : Le projet d’échange de combustible nucléaire iranien ne résout rien

Elwatan; le Vendredi 21 Mai 2010
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- Téhéran a qualifié mercredi d’«illégitime» les nouvelles sanctions contre l’Iran décidées par le Conseil de sécurité des Nations unies. Le gouvernement iranien pense que ces décisions discréditeront davantage l’ONU auprès de l’opinion publique. Que pensez-vous de ces déclarations ? Quelles réelles portées auront ces sanctions, selon vous ?

Je pense que les propos du régime iranien sont un peu exagérés. Je n’irais pas jusqu’à dire que l’ONU se discrédite devant l’opinion publique. Toutefois, une part importante de vérité se cache derrière les déclarations du gouvernement iranien. La rencontre de Genève, fin 2009, entre les Occidentaux et le régime de Téhéran indiquait un désir de négociation du côté iranien que le Conseil de sécurité des Nations unies semble mépriser. A travers ce projet de sanctions, l’ONU annule en quelque sorte les espoirs suscités par cette rencontre et accentue la tension entre les pays.

- Pensez-vous que l’accord sur le projet d’échange de combustible nucléaire entre l’Iran, la Turquie et le Brésil soit une alternative à ces sanctions ?

Sur le fond, ce projet d’échange ne résout rien, il ne fait que reporter les sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU. Le pays ne s’engage pas à arrêter son enrichissement d’uranium. Il l’enverra en Turquie sans garantie de ne plus en produire sur ses terres. Donc cet accord constitue une évolution mais pas une véritable alternative ou changement.

- Israël a qualifié cet accord de simulacre en accusant Téhéran de manipulation. Ces accusations sont-elles fondées ?

L’accord entre l’Iran, la Turquie et le Brésil peut être analysé comme un important coup de communication permettant à Téhéran de légitimer ses actions. Pour l’instant, l’Iran n’a fait que menacer d’enrichir son uranium à 20%, mais n’a pas encore commencé à le faire. Israël a peur qu’à travers cet accord, l’Iran puisse enrichir son uranium à 20% et plus.

- Avec l’émergence de nouvelles puissances telles que la Chine ou le Brésil, le monde se dirige actuellement vers un modèle multipolaire. Le Sud émergent a-t-il réellement sa place dans les négociations ?

Les pays émergents ont joué un rôle important dans les négociations. La Chine, qui a pris part aux discussions sur de nouvelles sanctions éventuelles, a clairement poussé l’Iran à lâcher du lest. Elle est favorable à une entente sur la question du nucléaire iranien. Le Brésil aussi, à travers son président Lula, a pesé favorablement pour une sortie de crise. On assiste à une émergence «brutale» des pays du Sud qui ont démontré avoir une place réelle dans l’échiquier politique mondial.

Categorie(s): monde

Auteur(s): Tarek Kacha

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