Universitaire, spécialiste du maghreb, de l'islam et de l'émir Abdelkader : Bruno Etienne est décédé

Elwatan; le Samedi 7 Mars 2009
30201

On ne pouvait rester insensible au charme intellectuel de la parole du sociologue Bruno Etienne qui vient de décéder, chez lui, à Aix-en-Provence, à l'âge de 72 ans.

Paris.
De notre bureau

Dans toutes les conférences ou colloques dans lesquels il participait, sa présence était manifeste et laissait pantois. On en redemandait. Par un esprit de curiosité manifeste, il provoquait souvent, poussant chacun à prendre position, avançant ainsi dans la clarté des débats.
Ce fut particulièrement le cas pendant la décennie sanglante lorsque partout en France se déroulaient des rencontres autour de l'Algérie. Chacun croyait bon de venir avec ses opinions tranchées ; et lui jouait le poil à gratter, le trublion, l'empêcheur de penser en rond. Ou on le déteste ou on adhère à sa démarche, mais on ne pouvait pas rester sans réagir. En ce sens, il était vraiment la figure de l'intellectuel authentique, honnête, profond. Ses interventions n'étaient jamais froides.

Il savait toujours passionner son auditoire. Il y a quelques années, à une époque où les plateaux télé voulaient encore faire semblant d'inviter des contradicteurs pour atténuer l'unicité idéologique de fond, il était la personne idéale. Avec lui, on pouvait donner l’illusion de la diversité de propos. Ce fut le cas, rappelons-nous, lors de la première guerre du Golfe, en 1990, et également dans les années noires algériennes, pendant la guerre d'Irak, ou à chaque fois que des sujets relatifs à l'Islam exigeaient sa présence. Avec sa faconde, sa voix forte, son délicieux accent méridional et son érudition, il pouvait affronter n'importe quel orateur, tout en éclairant avec talent les sujets abordés. Bruno Etienne avait passé plusieurs années en Algérie. Laïc invétéré et même franc-maçon, arabisant, il a vécu de 1966 à 1974 à Alger, comme coopérant technique, notamment à l'Ecole nationale d'administration. Il en revient avec un premier livre Algérie, culture et révolution. Après un séjour au Maroc, il s'installa définitivement en France à partir du début des années 1980. Quelques lignes ne suffiraient pas à résumer 29 ans de vie. Disons simplement qu'il se consacra essentiellement à des recherches en sciences politiques, en sociologie et en anthropologie sur le phénomène religieux, pour lesquelles il fonda en 1992 à Aix-en-Provence l'Observatoire du religieux. Il publia, entre 1987 et 2005, plusieurs ouvrages sur l'Islam politique. Enfin, on peut surtout citer l'important travail d'exégèse que Bruno Etienne a consacré à l'émir Abdelkader avec plusieurs livres édités, avec un accent mis sur les aspects de l’homme de paix, écrivain et penseur, politique et mystique, du résistant et fondateur de l'Etat algérien.

Categorie(s): dernière

Auteur(s): Walid Mebarek

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..