Victimes de la furie coloniale : Un monument à la mémoire des Ouled Ryah

Elwatan; le Mercredi 30 Mars 2011
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Questionné par El Watan au niveau du cimetière d’Ouled Baroudi où reposent plus de 190 martyrs, dont de nombreux anonymes, Mohamed Chérif Abbès, a fait la promesse solennelle, qu’à l’occasion de la célébration du 50ème anniversaire de l’Indépendance, l’Algérie allait honorer comme il se doit la mémoire des 1200 victimes de la furie coloniale. En effet, après lui avoir rappelé qu’à seulement 5 km du cimetière d’Ouled Baroudi, se trouve la grotte de Ghar El Frachih là où gisent depuis bientôt 166 ans les membres de la tribu des Ouled Ryah. En effet, c’est durant la nuit du 18 juin 1845 que le sinistre colonel Pélissier, à la tête de plus de deux bataillons avec l’aide et le soutien du caïd de Nekmaria qui lui servait de guide et d’interprète, commettra l’un des plus abjects crimes de guerre du 19ème siècle. Fortement encouragé par une lettre de Bugeaud, Pélissier et sa troupe poursuivait sans relâche la tribu des Ouled Ryah qu’il traquait depuis la vallée du Cheliff. Acculés par les troupes coloniales, ils trouveront refuge dans la grotte d’Oued El Frachih, à 5 km de Nekmaria.

Crimes coloniaux 

Conduit par le Caïd du coin, le sanguinaire colonel installa son camp sur la grotte et demanda à ses soldats d’en boucher les entrées à l’aide de fagots de bois qu’il avait rapportés à dos de mulet. Faisant mine de négocier avec les malheureux, il refusa tout net la requête des assiégés qui lui demandaient de retirer ses soldats à une distance respectable afin de permettre l’évacuation des femmes, des enfants et du bétail. Devant son refus calculé, aucun membre de la tribu ne s’est résigné à quitter la grotte. C’est ainsi que, dès 15 heures, les soldats mettent le feu aux deux entrées de la grotte. Un feu qui fut entretenu avec zèle durant toute la nuit. Si bien que le matin, des soldats purent se rendre compte de l’étendue du massacre.

L’histoire aurait pu en rester là, si des fuites n’étaient parvenues au journal «Lakhbar» qui publia un article qui a fait le tour du monde occidental, puisqu’il a été repris par le «Times» de Londres qui conclue ainsi son article : «Ceci n’est pas une guerre mais le massacre d’une population par celui qui a assumé le pouvoir de gouverner cette région, un monstre qui déshonore son pays, son époque et sa race». De son côté, le correspondant du journal madrilène «Heraldo», qui accompagnait la troupe dans son expédition à travers le Dahra, relatera avec force détails ces enfumades.

C’est lui qui notera la présence dans la colonne de «cinquante-six mules chargées de matières combustibles». Il aura fallu la perspicacité d’un parlementaire français pour que l’affaire soit évoquée à l’assemblée nationale. Mais très vite, l’affaire a été étouffée et le colonel Pélissier finira sa carrière comme gouverneur de l’Algérie et le bâton de maréchal. S’il est normal que la France a tout fait pour occulter ces massacres, il est tout de même injuste que, depuis l’Indépendance du pays, personne n’ait songé à sanctifier ces lieux de mémoire.

Nulle part, il n’existe la moindre plaque, ni le moindre indice indiquant le site des grottes du Dahra dont les habitants, toutes générations confondues, ont fini  par se résigner face à une amnésie dévastatrice. Heureusement que de rares intellectuels entretiennent ce combat singulier par la production de quelques documentaires et par la publication d’articles à la mémoire des ces victimes. Sans la perspicacité de quelques citoyens de la région, ces crimes de guerre seraient passés à la trappe de l’histoire officielle. À 15 mois de la célébration du 50ème anniversaire de l’Indépendance, il reste très peu de temps aux responsables du pays pour tenir parole et surtout pour ériger un monument à la hauteur du sacrifice des milliers de martyrs de la région du Dahra.                  

Categorie(s): mostaganem

Auteur(s): Yacine Alim

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