Vieux bâti à Batna : Une maison menace de s’écrouler sur ses habitants

Elwatan; le Mercredi 26 Decembre 2012
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Un long couloir sombre sous la menace d’un toit éventré qui laisse transparaître la structure faite de poutres en bois déformées par le temps. A droite une étoffe en haillons cache mal l’intérieur d’une chambre où la maîtresse de maison, assise au milieu, à même le sol, affairée à cuire la galette à l’aide de la fameuse «Tabouna» (gazinière), ose à peine lever les yeux pour nous saluer. Elle regarde à gauche comme pour nous montrer la belle-mère, âgée de cent ans, selon le fils. Toute menue, la vieille dame, emmitouflée dans une couette, le visage tatoué, le regard encore vif, témoin d’un siècle de misère, semblait venir d’un autre âge.

Tout autour l’espace est occupé par la literie, les ustensiles de cuisine et autres vêtements de la famille. «On aurait bien voulu avoir une armoire, mais l’espace est déjà réduit», nous explique Djamel, la cinquantaine révolue, né dans cette même chambre, et qui nous avoue s’être marié quatre fois. «Cette femme est la quatrième que j’épouse, puisque les autres sont parties à cause de ces conditions de vie, et elles ont eu raison de partir», a-t-il concédé. Azzedine Houamel qui nous servait de guide, nous a entraîné vers une deuxième chambre qui abrite une deuxième famille dans le même couloir. Même configuration, même disposition des effets de couchage et des ustensiles. Au bout du couloir, un semblant de patio à ciel ouvert surplombé des restes d’une muraille fissurée de partout laissant s’échapper une fine poussière provenant du torchis qui a servi de ciment lors de la construction de cette maison et dont la date remonte au début du siècle dernier. Azzedine, sans s’arrêter de nous relater l’historique de cette grande bâtisse, située dans le quartier du Camp où plane encore le souvenir d’Anna Greki, qui y a habité, il nous fait signe de le suivre vers l’autre façade.

Et là, pour accéder à la première «maison», il nous fallait emprunter une sorte d’escalier qui était plutôt un casse-gueule. Tout en en bois et bringuebalant, il nous mène sur un échafaudage fait de morceaux de bois et de vielles portes sans balustrade ni garde-fou aucun, en remplacement du balcon qui s’était écroulé. Le bois vermoulu craquait sous notre poids et vibrait dans tous les sens. Nous sommes accueillis par le chef de famille qui nous reçoit en nous annonçant qu’il y habite depuis 18 ans. «Heureusement que ma fille aînée est morte», a-t-il lâché spontanément. «Elle aurait aujourd’hui 17 ans et n’aurait jamais supporté de vivre dans de telles conditions», s’excuse-t-il. Avec trois enfants en bas âge, il passe toutes les journées à attendre de rentrer chez lui le soir pour s’assurer que ses enfants sont indemnes, et qu’aucun d’eux n’est tombé de ce semblant de balcon, que la maison ne s’est pas écroulée et que tout va pour le mieux.


L’histoire de la vieille


L’intérieur que nous sommes invité à visiter n’a absolument rien à envier aux deux premières demeures: une chambre d’à peine 4x4 m où est emménagé un coin pour cuisiner, au fond des matelas à même le sol et tout autour plein d’effets entassés contre le mur.
La visite prend fin plus bas où dans une grande cour quelque six femmes, informées de notre passage, nous attendaient. Elles nous ont reçu avec le cœur serré, les bras relâchés exhibant une image d’abandon et de désespoir et une dernière lueur d’espérance face à l’intérêt que nous portons à leurs conditions.

La première, la gorge nouée, nous interpelle comme si nous détenions les clés de la solution : «Personne ne daigne nous regarder. Nous avons vaguement entendu qu’ailleurs ils fêtent le cinquantenaire de la Révolution! Ne sommes-nous pas algériens ? Nous nous sentons menacés chaque jour que fait Dieu fait. Nous n’attendons que le jour où tout s’écroulera sur nos têtes», nous a-t-elle raconté, tout en nous tirant par le bras pour nous faire visiter son intérieur. Nous ne pouvions que nous exécuter face aux supplications qui ont fini par écorcher notre sensibilité tant les conditions de vie de ces citoyens étaient indignes, en plus des dangers réels qui les menacent. Au mois de juin de l’année en cours s’est écroulée la première maison appartenant à Mahmoud Houamel et non à Azzedine, le cousin qui porte le même nom.

Ce dernier déclare que sa demeure mitoyenne avec celle de son cousin risque également de s’écrouler d’un moment à l’autre. Tout ce monde, signale-t-on, possède le fameux ticket qui donne le droit au logement, mais quand ? Elles sont au nombre de vingt familles et cela fait déjà dix années qu’ils avaient déposé leur demande et leur attente pourrait d’un moment à l’autre être interrompue par un accident certain. Il y a certes tout ce que les autorités ont comme charge pour répondre aux besoins des citoyens en terme de logement, néanmoins, vu la gravité de la situation nous sommes face à un cas de non-assistance à personne en danger.

 

Categorie(s): batna

Auteur(s): Lounes Gribissa

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