Visite du président François Hollande : La ville de Tlemcen se pare et attend de voir son hôte «normal»

Elwatan; le Jeudi 20 Decembre 2012
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Tlemcen.
De notre envoyée spéciale
 

C’est une belle journée printanière où ciel bleu et soleil conjugueront leurs bienfaits pour accueillir François Hollande à Tlemcen. La population sera-t-elle aussi accueillante ? Tout porte à croire que oui. Des banderoles et autres écriteaux et affiches géantes des portraits de François Hollande et Abdelaziz Bouteflika décorent les grandes artères de la ville et sur lesquels on peut aisément lire : «Bienvenue aux Présidents». Le vert blanc rouge et le bleu blanc rouge des drapeaux se mêlent partout, à commencer par l’aéroport jusqu’aux plus petites ruelles de la ville de Tlemcen. Les habitants de la capitale des Zianides ne sont pas peu fiers que Tlemcen ait été choisie pour l’occasion. Du côté des officiels algériens, on affirme que ce choix est «purement français» et que les autorités algériennes n’ont fait que répondre comme à chaque visite d’un président français au choix de la ville à visiter. «Mrahba bih, qu’il soit le bienvenu», nous répètent les badauds pour qui tout de même la visite de Hollande est plus la curiosité d’un jour. «C’est Tlemcen cette fois, cela aurait pu être une autre ville ou wilaya. Il n’y en a pas que pour Alger», nous dit un médecin retraité rencontré dans les venelles de la Qisariya de Tlemcen. «C’est peut-être aussi le fait que Tlemcen soit une wilaya frontalière, puisqu’il sera beaucoup question de sécurité aux frontières lors de cette visite.

Je ne sais pas, mais je pense que Tlemcen, du point de vue sécurité, est moins compliquée à gérer», nous dit encore ce citoyen qui n’attend toutefois pas grand-chose de la visite du président français. Tout en étant certain que «ce n’est pas à Tlemcen que la population va demander des visas au président français», ce médecin à la bouille sympathique estime qu’«il faut démythifier cette visite». « Il n’y a pas d’affection dans les relations entre Etats, il y a juste des intérêts. Il vient signer des contrats, mais aussi pour la question du Mali où la France est très impliquée. S’attendre à ce qu’il dise grand-chose sur l’histoire, je ne pense pas et encore moins sur le Sahara occidental», note notre interlocuteur non sans trop d’illusions. «Arrêtons de sublimer la France, c’est une puissance moyenne aujourd’hui», soutient-il. Un marchand de dattes dans la force de l’âge, sur la petite place des Martyrs, face au Centre culturel français que doit visiter François Hollande, attend patiemment que les chalands s’arrêtent pour goûter à ses douceurs. Il nous livre la même lecture pragmatique sur la visite de Hollande. «Il vient pour ses intérêts et le pouvoir algérien pense aussi à ses intérêts, ce qu’il faut savoir c’est où sont nos intérêts à nous les gens du peuple ? Qui répondra à ces millions de jeunes chômeurs ?

Nos enfants ne trouvent pas de débouchés, leur avenir est suspendu aux faits du hasard», dit-il non sans une pointe d’amertume et de désarroi. Il enchaîne pour souligner que ce qui l’intéresse lui en tant que citoyen, ce n’est pas le fait qu’il choisisse Tlemcen, mais de savoir ce qui adviendra de ses enfants. «Nous avons combattu la France et l’avons obligée à sortir, mais ce qui est malheureux c’est de constater que depuis 1962 rien n’a changé pour nous.» Il revient sur la visite de Hollande et livre une théorie pas dénuée de bon sens. «Les pays pauvres de l’Europe ont souffert de la crise, les pays riches de l’UE les ont aidés en leur donnant des sous, maintenant ces pays riches se tournent vers nous pour se faire rembourser. Et nous alors, avons-nous pensé au risque que notre pays soit touché lui aussi par la crise ? Dans ce cas, qui va nous aider ?» Ceci et de dire que le mal qui empêche l’Algérie de progresser, ce sont les discours qui changent d’un centre du pouvoir à un autre. «Ce que dit le Président est une chose, ce qui est relayé par le gouvernement en est une autre, et ça change à chaque niveau de responsabilité. On ne peut pas avancer si nous n’avons pas les mêmes objectifs et solutions d’y parvenir.»

Nous quittons ce brave monsieur pour nous engouffrer dans les petites allées du vieux souk. Au milieu des senteurs que dégagent les épices aux multiples couleurs, face à des dizaines de boutiques exposant djellabas et autres habits traditionnels, les Tlemcéniens font leurs courses le plus normalement du monde en ce jour des plus ordinaires de l’année. Apostrophant un jeune à qui nous demandons ce qu’il pense du choix fait par Hollande de visiter Tlemcen. Il se fait alors l’écho d’une rumeur qui circule dans la ville ces derniers jours. «Il paraît qu’il est originaire de la région, ses grands-parents et parents sont décédés et enterrés ici», affirme-t-il et sans le moindre doute. Il est tout de suite encensé par une vieille dame. Elle nous dit avec un parfait accent tlemcénien : «Oui, c’est vrai, son père est enterré en haut dans le cimetière de la Qalaâ.» «J’ai même lu ça dans les journaux», soutient-elle comme pour appuyer sa thèse. Une thèse erronée bien entendu, mais qui montre à quel point les habitants de Tlemcen essayent de comprendre le choix de Hollande et n’ont trouvé que cette explication renvoyant au passé commun entre les deux pays.

Sur une des banderoles suspendues sur le grand boulevard du Mechouar, non loin de l’université Aboubakr Belkaïd, où Hollande doit faire un discours aujourd’hui, il est écrit : «Ensemble assumons notre passé commun». Une invitation que tout Tlemcen semble faire au président français. La ville, qui est propre comme à son habitude, n’a pas échappé toutefois aux opérations d’embellissement et autre maquillage en vue d’accueillir l’hôte de l’Algérie. Et comme à Alger, ça se passe uniquement sur le parcours présidentiel. Ecoliers et étudiants sont en vacances depuis plus d’une semaine. L’accès aux musées est fermé, le complexe de loisirs Lalla Setti est interdit aux visiteurs depuis quinze jours pour cause d’opération d’embellissement. En somme, Tlemcen marque un temps d’arrêt, se farde et se pare de ses beaux atours pour accueillir cet hôte «normal», et attendra demain pour retrouver une vie normale.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): N. B.

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