A fonds perdus: Le Cnes passe au vert

Lesoir; le Mardi 1 Decembre 2015
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Par Ammar Belhimer
ammarbelhimer@hotmail.fr
La
prise en charge de la dimension environnementale du développement par le
Conseil national économique et social (Cnes) est l’un des développements
majeurs qu’a connus cette institution consultative depuis 2011.
Elle recoupe trois préoccupations liées aux énergies renouvelables et à
l’efficacité énergétique ; à la réduction des émissions de gaz à effet
de serre ; et à la responsabilité sociétale des organisations.
Les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique sont l’objet
d’une «transition énergétique» qui ambitionne de couvrir 27% des besoins
énergétiques par des énergies renouvelables à l’horizon 2010. Une option
qui soulève un double questionnement relatif au modèle de consommation
énergétique, d’une part ; et au modèle industriel et technologique,
d’autre part.
Le modèle de consommation énergétique doit consacrer «le droit à
l’énergie» (l’accès à l’énergie commerciale pour tous, branchement à
l’électricité et au gaz), tout en sensibilisant au gaspillage (10 à 20%
de notre consommation) ou à l’utilisation de normes qui ne soient pas
énergivores (notamment dans le bâtiment).
Les espaces publics algériens sont de vastes champs de détritus et
d’emballages plastiques. Selon notre confrère El Watan, chaque Algérien
utiliserait 200 sacs plastiques par an et la consommation globale du
pays atteindrait 7,7 milliards d’unités par an. Un texte hérité du
passage de Chérif Rahmani à l’industrie nous avait pourtant promis d’y
mettre fin !
Le modèle de consommation n’offre pas meilleur aperçu du côté des
industriels. Aux dires de tous les experts, le secteur industriel
consomme davantage de matières premières, d’eau et d’énergies que ses
processus de production n’en ont réellement besoin. L’adoption de
technologie et de méthodologies obsolètes entraîne la prolifération
excessive de pollution et de déchets.
A quelque chose malheur est bon : l’écologisation de notre économie
offre une opportunité inespérée pour notre ré-industrialisation, tout en
améliorant la compétitivité économique de nos entreprises grâce à un
emploi plus efficient des ressources et de l’énergie.
Grosso modo, le modèle industriel généralement préconisé vise à sortir
des énergies fossiles en exploitant les gisements de silicium dans une
option de centrales hybrides solaire/gaz qui sollicitent un grand
recours au photovoltaïque.
Pour l’Algérie, des études récentes révèlent un potentiel exceptionnel
car 99% de l’énergie utilisée est «fossile, polluante, tarissable et
subventionnée». 40% de cette énergie est destinée aux ménages. Elle est
la cause de «dommages environnementaux considérables (rejet et stockage
de déchets chimiques dangereux) qui suscitent un large mécontentement de
riverains des Centres d’enfouissement technique (CET) et se trouve à
l’origine du stress hydrique».
Aussi, seuls 5% des déchets sont recyclés.
Comme le rappelait avec brio, Mme Lotfia Harbi — consultante dans le
domaine du management, du développement stratégique et du développement
durable — lors d’une récente Matinale de l’association Care, les
énergies renouvelables offrent, à cette occasion, des opportunités de
ré-industrialisation significatives de l’économie pour peu que l’accent
soit mis sur l’incitation à la production d’éléments y afférents.
Les segments concernés sont insoupçonnables : panneaux et composants
photovoltaïques, onduleurs et appareils d’acquisition de données,
transformateurs et batteries solaires, miroirs thermiques, chauffes-eau
solaires, systèmes de climatisation solaires, pompes solaires, etc.
Leur impulsion touche également d’autres secteurs de l’ingénierie et de
la réalisation, sans compter la naissance d’activités larges de services
et d’appui à l’industrie, qu’il s’agisse de l’expertise ou du traitement
et de la valorisation.
Pour l’heure, il semble que les composantes des axes prioritaires en
Algérie sont : la gestion des déchets spéciaux, la réutilisation des
eaux usées épurées, la gestion des déchets ménagers et l’embellissement
et espaces verts.
Le marché des énergies renouvelables est estimé à plus de 60 milliards
de dollars à horizon 2030, avec un potentiel de création de 135 000
emplois.
Le maillon faible du modèle industriel : les coûts.
Dans le programme de transition énergétique, le solaire s’accapare près
du tiers de la production en énergie renouvelable envisagée, suivi de
l'éolien. Certaines sources avancent que le kilowatt/h produit avec du
gaz conventionnel coûterait autour de trois dinars, contre environ dix
dinars kilowatt/h solaire.
Autre objectif environnemental national digne d’intérêt : la réduction
de l’émission de gaz à effet de serre. Dans le cadre de la COP 21 qui se
tient actuellement à Paris, l’Algérie s’est engagée à réduire de 7% ses
émissions de gaz à effet de serre sur efforts propres (22% sur efforts
assistés, c'est-à-dire avec une aide financière et une assistance et un
transfert technologiques extérieurs).
Un Comité national climat – associant étroitement le Cnes à ses
activités — a été également installé pour le suivi, la coordination et
l’évaluation en la matière.
Dernier chantier environnemental d’envergure : la responsabilité
sociétale des organisations et la généralisation de la norme ISO 26000,
qui est son référentiel universel. Elle repose sur une démarche homogène
et synchronisée qui prenne en charge les considérations sociales (les
droits de l’Homme, les communautés et le développement local, les
relations et conditions de travail), économiques (les questions
relatives aux consommateurs, la loyauté des pratiques) et
environnementales (prévention de la pollution, utilisation durable des
ressources, atténuation des changements climatiques, protection de la
biodiversité et des habitats naturels).
A ce jour, dix-sept entreprises, publiques et privées, l’ont
volontairement adoptée dans le cadre du projet RS Mena, un programme
régional d'accompagnement couvrant la période 2011-2015 et piloté par
l'Organisation internationale de normalisation (ISO) en collaboration
avec l'Agence suédoise de développement international.
Parmi ces entreprises pionnières figurent Cosider-travaux publics,
Naftal branche carburant, Condor, NCA Rouiba, CTTP et Sasace ; le groupe
Sonatrach a également émis le souhait de mettre en place cette norme.
A. B.

Categorie(s): chronique du jour

Auteur(s): A. B.

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