À L’APPROCHE DES ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLES: Doutes chez les zaouïas

Lesoir; le Dimanche 10 Novembre 2013
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Elevées au rang d’institutions par Abdelaziz
Bouteflika, les zaouïas sont, depuis 1999, un levier important du
pouvoir. Mercredi, à partir d’Adrar, le Premier ministre a été chargé de
rassurer les «cheïkhs» des confréries à quelques mois des
présidentielles.
Tarek Hafid - Alger (Le Soir)
Contrairement à ce que l’on croit, Abdelmalek Sellal ne parle jamais pour ne rien dire. Mercredi, le
Premier ministre a adressé un message à des notables locaux qui
disposent d’un pouvoir illimité : les cheïkhs des zaouïas. «Un jeune
cheïkh de zaouïa m’a interpellé car certains disent que si Bouteflika
part, les zaouïas partiront. J’allais lui dire, c’est nenek (ta sœur)
qui partira ! Bouteflika ne partira pas et les zaouïas seront renforcées
!» a-t-il lancé sous un tonnerre d’applaudissements. Ce n’est sûrement
pas un hasard si le chef de l’exécutif a tenu ses propos à partir
d’Adrar. La capitale du Touat est le siège de la zaouïa de Sidi Mohamed
Belkebir, une des plus influentes d’Algérie. Cette confrérie a une
importance fondamentale pour Abdelmalek Sellal et Abdelaziz Bouteflika.
En effet, durant sa «traversée du désert», Bouteflika se ressourçait
souvent auprès de ce cheïkh.
Rejeté par le pouvoir politique de l’époque, il bénéficiait pourtant de
tous les égards dans cette wilaya qui était alors dirigée par…
Abdelmalek Sellal. Mercredi, le Premier ministre et les ministres qui
l’accompagnaient ont accompli une ziara au siège de zaouïa Belkebir.
Depuis 1999 ce type de comportement a été élevé en «tradition
républicaine».
Au cours de son premier mandat, le Président Abdelaziz Bouteflika avait
engagé des mesures pour renforcer l’influence des confréries et élevé
l’Union nationale des zaouïas algériennes au rang d’institution. Ses
tournées dans les wilayas étaient toujours marquées par un arrêt chez le
marabout local. Une visite qui s’achevait par la remise d’enveloppes
financières. Lors de la précampagne de l’élection présidentielle de
2004, ces «cheïkhs» avaient pris l’initiative d’appeler le «président
candidat» à se présenter à un second mandat. Le scénario se reproduit à
l’approche de l’élection présidentielle de 2009.
Les zaouïas, censées être des lieux de prière et de méditation se sont
transformées en véritables «mouhafadhas»… Mais, fait étrange, depuis
quelque temps, les confréries semblent plutôt discrètes. Les cheïkhs des
8 900 zaouïas d’Algérie douteraient-ils de la capacité de leur
protecteur à décrocher un quatrième mandat ? C’est justement l’objet de
l’intervention de Sellal à partir d’Adrar. Le Premier ministre a
confirmé, une nouvelle fois, que Bouteflika sera candidat, qu’il
remportera l’élection et que les «cheïkhs» jouiront toujours d’un
pouvoir politique. Sauf qu’en rassurant les zaouïas, Sellal discrédite
de fait ses actions futures.
En effet, en qualité de Premier ministre, il est responsable de la
régularité du prochain scrutin. Ses propos se retourneront sans nul
doute contre lui. Mais Sellal n’a pas grand-chose à craindre, il a la
baraka.
T. H.

Categorie(s): actualités

Auteur(s): T. H.

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