ABDELAZIZ BOUTEFLIKA À L’AFP : «Donner un contenu concret et opérationnel au partenariat avec la France»

Lesoir; le Mercredi 12 Decembre 2012
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L’Algérie prépare avec une très grande minutie la visite
d’Etat qu’effectuera le président français, François Hollande, les 19 et
20 décembre en cours, la première sortie du nouveau locataire de
l’Elysée dans la région. L’intérêt est tel que Bouteflika en personne a
accordé une interview hier à l’AFP, la première sortie médiatique du
genre depuis longtemps.«L’Algérie, dira Bouteflika, souhaite donner un
contenu concret et opérationnel à ce partenariat d’exception que les
deux peuples appellent de leurs vœux. Les formes du partenariat
importent finalement peu, c’est sa consistance qui est essentielle.» Les
relations algéro-françaises, globalement bonnes sous Chirac, avaient
connu une période de quasi-gel sous Sarkozy. Au point où la visite
d’Etat que devait effectuer Bouteflika à Paris fut même annulée. C’est
d’ailleurs l’ancien président français qui avait bloqué la signature du
«traité d’amitié», convenu entre les deux pays en 2003. La dénomination
même dudit traité a fait l’objet d’une grande controverse en France,
notamment au sein de la droite. L’arrivée des socialistes au pouvoir
aura toutefois donné un nouvel élan aux rapports entre Alger et Paris.
Et si les deux parties ne parlent plus d’un «traité d’amitié», la France
évoque «un partenariat stratégique» au moment où Bouteflika opte pour la
formule d’un «partenariat d’exception». Pour Bouteflika, «ce qui importe
le plus, c’est l’intensification du dialogue politique (entre les deux
pays) à tous les niveaux, incontournable à mon avis pour définir
l’orientation que nous voulons donner à la stratégie de coopération que
nous ambitionnons de développer pour le long terme. De cette manière,
nous pouvons transcender beaucoup de pesanteurs et faire coïncider
réellement nos intérêts qui doivent s’affranchir des considérations
conjoncturelles, nécessairement précaires». Manifestement, le ton est
conciliant et, à aucun moment, Bouteflika n’a fait allusion au «passé»,
à la période coloniale ni à la révolution. Mieux, il plaide pour une
nouvelle approche. «Avec la France, nous voulons relever le défi de
construire un partenariat qui résiste aux contingences et qui dépasse
les seules relations commerciales où chacun réduit l’autre à un
débouché.» En d’autres termes, des relations politiques soutenues,
semblables à celles qu’entretient Paris avec Rabat ou Tunis. «Ce que
l’Algérie attend de la France, poursuit Bouteflika, c’est un
accompagnement dans le processus de développement économique, social et
humain , un vaste chantier en cours de mise en œuvre et qui nécessite un
perfectionnement de l’élément humain, un transfert technologique réel et
un partenariat gagnant-gagnant dans le système productif». Bref, une
relation dépassionnée et délestée du poids des contentieux historiques
faisant que la méfiance aura été la seule constance de cet espèce de
«mariage forcé» entre les deux pays.
«Le peuple algérien s’est dressé seul contre l’obscurantisme et le
terrorisme»
Evoquant, par ailleurs, l’état des lieux en Algérie, deux années
après l’apparition de ce qu’on appelle «le printemps arabe», Bouteflika
estimera «qu’en Algérie, l’ouverture politique a été lancée en 1989. Des
avancées notables ont été enregistrées mais des dérives ont failli faire
disparaître l’Etat républicain et ont entraîné le pays dans de longues
années de destruction et de souffrances, sans pour autant remettre en
cause la démocratie comme option unique de gouvernance du peuple
algérien qui s’est dressé seul contre l’obscurantisme et le terrorisme».
L’isolement de l’Algérie au moment où elle faisait face «seule» au
terrorisme est décliné, ici, par Bouteflika sous la forme d’une allusion
claire à la France de Mitterrand qui était le principal responsable de
la mise sous embargo de notre pays, et à tous les niveaux. Des années
plus tard, la menace terroriste refait surface et de manière
spectaculaire dans la région du Sahel. Questionné du reste sur la crise
du Mali, Bouteflika, qui a réitéré la position de l’Algérie, directement
concernée par cette affaire, précisera que «pour ce qui est de la lutte
contre le terrorisme, aujourd’hui considéré, à juste titre d’ailleurs,
comme une menace globale qui n’a pas de nationalité, ni de religion
d’appartenance, il est normal que le Mali bénéficie de l’appui de la
communauté internationale pour son éradication. L’Algérie, en ce qui la
concerne, continue d’œuvrer dans la limite de ses moyens, à mobiliser
les pays de la région et à fournir une aide appropriée, pour lutter
contre ce fléau, assurer la stabilité régionale et se consacrer au
développement et à l’amélioration des conditions de vie des
populations». Ce point, précisément, constituera sûrement les sujets
prioritaires que Bouteflika abordera avec son invité français, les 19 et
20 décembre prochains.
Kamel Amarni

Categorie(s): actualités

Auteur(s): Kamel Amarni

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