Abdelmalek Sellal à partir de Aïn Defla :: «Le plus grand problème de l’agriculture en Algérie, c’est la main-d’œuvre»

Lesoir; le Samedi 28 Novembre 2015
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De notre envoyé spécial à Aïn Defla, Kamel Amarni
L’on s’attendait à de grandes annonces gouvernementales au profit du
secteur de l’agriculture et des agriculteurs, jeudi denier à partir de
Aïn Defla. Il n’en fut rien ! Le Premier ministre, Abdelmalek Sellal,
qui avait lui-même insisté sur l’importance de la rencontre du 26
novembre avec les agriculteurs dans la wilaya de Aïn Defla lorsqu’il
visitait, début du mois en cours, la wilaya de Blida, se contentera d’un
discours généreux, mais général et entièrement improvisé pour
l’occasion.
Si, à Blida, début du mois de novembre, le discours du Premier ministre
destiné aux investisseurs dans le domaine de l’industrie était truffé
d’annonces concrètes et saluées par les professionnels du secteur, à Aïn
Defla, il laissera les agriculteurs sur leur faim.
La rencontre avec les agriculteurs, jeudi à Aïn Defla, coïncidait, pour
rappel, avec la célébration du 41e anniversaire de la création de l’UNPA,
l’Union générale des paysans algériens. Un anniversaire célébré avec
faste, en présence notamment du Premier ministre et la brochette de
ministres qui l’accompagnait pour sa visite officielle à Aïn Defla, le
secrétaire général de l’UGTA, Abdelmadjid Sidi Saïd, le président du FCE,
Ali Haddad, son vice-président et président de la Chambre de commerce et
d’industrie, Laïd Benamor, de nombreux anciens ministres de
l’Agriculture notamment, d’anciens moudjahidines de la Wilaya IV
historique comme Mustapha Cherchali, en plus de 4 000 agriculteurs
affiliés à l’UNPA de Mohamed Allioui, venus des 48 wilayas.
«Voici mon discours écrit, mais je ne vais pas le lire. J’ai préféré
vous parler avec mon cœur», lancera Abdelmalek Sellal au cours de son
intervention. En fait, ledit discours écrit, et qui comportait, lui, des
mesures concrètes, avait été distribué aux journalistes, la matinée,
avant la rencontre. Mais il fut vite retiré ! Pour quelles raisons ? Pas
d’explications à ce sujet et les uns et les autres ont dû se contenter
du discours improvisé, et donc officiel, de Abdelmalek Sellal. «Comme
vous le savez tous, nous sommes face à un tournant. Vous connaissez tous
la situation de notre économie, à la suite de la chute des prix des
hydrocarbures», commencera par dire le Premier ministre. «Mais la
solution est entre nos mains», enchaînera-t-il aussitôt. Puis ce
«rappel», qui, sans doute, expliquera, grandement, le changement de
dernière minute quant au discours que devait prononcer Sellal. «Il est
impossible d’avoir une économie performante, une industrie performante,
sans une agriculture performante. Je vous rappelle à ce titre les
déclarations du Président Bouteflika à l’occasion de la conférence sur
l’agriculture à Biskra suite à laquelle il y a eu 176 000 contrats de
concessions. Mais aujourd’hui, il faut aller vers une autre étape.
L’agriculture, ce n’est plus une question de 10 ou 15 héctares, mais ce
sont de grandes surfaces.»
Sellal, prenant toujours le soin de se référer au programme
présidentiel, ajoutera que «le plus grand défi, aujourd’hui, est de
réaliser cet objectif de réhabilitation du 1 million d’hectares et nous
allons le réaliser ! Notamment dans les Hauts-Plateaux et le Grand Sud».

Le Premier ministre ne manquera pas d’insister sur le développement des
filières stratégiques comme les céréales, les produits laitiers, entre
autres. «L’Etat, assurera-t-il , est prêt à continuer le développement
du secteur, à contribuer à sa mécanisation » et bien d’autres mesures.
Mais, notera-t-il à juste titre, le plus grand problème du secteur
agricole en Algérie, de nos jours, reste l’élément humain. «Il y a un
grand problème aujourd’hui : c’est celui de la main-d’œuvre .» Il citera
un exemple illustratif. «Lors de ma dernière visite dans la wilaya de
Biskra, dont les potentialités agricoles sont considérables, les
investisseurs ont été jusqu’à me demander de faire venir de la
main-d’œuvre chinoise pour travailler la terre. C’est ce que j’avais
raconté au Président Bouteflika. Ce n’est pas possible. C’est à ne plus
rien comprendre. C’est pourquoi le gouvernement a pris la décision
d’ouvrir trois centres de formation spécialisés dans les métiers de
l’agriculture à Mascara, ici même à Aïn Defla et au Sud. Il faut
vraiment encourager les jeunes à se diriger vers l’agriculture.»
Car, expliquera encore le Premier ministre, «notre objectif ne se limite
pas seulement à assurer la couverture de nos besoins alimentaires, mais
d’aller vers l’exportation». Comme c’est devenu une constante dans le
discours officiel depuis fin 2014, Sellal précisera qu’il s’agit, là, de
la nouvelle politique nationale en matière d’économie.
«J’ai suivi les débats passionnés à l’Assemblée sur la loi de finances
pour 2016. Je tiens à rappeler que le gouvernement a la totale maîtrise
de l’économie. Mais nous ne pouvons pas nous permettre de nous
aventurer. Il n’est plus possible de continuer à lier notre économie de
manière aussi dépendante au pétrole.» Ceci, au moment où les prévisions
d’une probable remontée des prix des hydrocarbures se situe au-delà de
l’année 2016.
«Certes, nous avons encore du pétrole et nous allons même augmenter
notre production. Contrairement aux prévisions pessimistes, sachez que
nous n’avons, par exemple, exploité que 18% de nos réserves à Hassi
Messaoud . Mais il est temps de diversifier notre économie.» Ce qui
passe, nécessairement, par le développement d’un secteur «aussi
stratégique que celui de l’agro-industrie», conclura le Premier
ministre.
K. A.

Categorie(s): actualités

Auteur(s): K. A.

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