AFFAIRE BELIARDOUH : Guerboussi et ses complices devant les juges

Lesoir; le Mercredi 12 Decembre 2012
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Dix ans après la disparition tragique du journaliste d’El Watan Abdelhai Beliardouh, ses bourreaux comparaissent, enfin, devant le tribunal criminel de Tébessa dans un procès marathon qui s’est poursuivi jusqu’à une heure tardive de la nuit d’hier. L’on aurait dit un assassinat par délégation sauf que dans le cas de feu Beliardouh, l’exécutant n’était autre que la victime elle-même. Saâd Guerboussi et ses acolytes n’ont pas fait que pousser Abdelhai au suicide car la mort de l’âme l’avait déjà emporté avant qu’il ne passe à l’acte ultime.
Terrassé par «la honte et le sentiment d’indignité» après
les sévices corporels et psychologiques subis dans une maudite cave de
friperie que seuls des barons de tous les trafics de la trempe de Guerboussi possèdent, le journaliste aussi humble que vulnérable n’avait
plus le courage de traîner sa silhouette frêle dans les rues du vieux
Thevest, où tout le monde connaît tout le monde. Il ne pouvait affronter
les regards des membres de sa famille, proches et amis. Comment
pouvait-il en être autrement alors que ses bourreaux étaient les maîtres
des lieux, eux qui ont sillonné en toute impunité le tout Tébessa
exhibant tels des prédateurs barbares, «le scalpe de leur butin» :
Abdelhai Belriadouh. Trois mois jour pour jour après l’expédition
punitive des Guerboussi pluriels dont-il fut victime, Abdelhai
ingurgitera de l’acide pur. Dans la nuit du 19 au 20 novembre 2002, soit
un mois plus tard, un mois entier de souffrances atroces, il rendra
l’âme à l’hôpital Mustapha-Pacha où il avait été transféré dans un état
lamentable et désespérant. Dix ans après, Saâd Guerboussi et ses
complices ne sont toujours pas jugés pour leurs crimes : enlèvement,
séquestration, violence… Dix années durant lesquelles «l’éternel»
président de la Chambre de commerce et d’industrie qui glane les mandats
comme s’écoule la friperie dans sa capitale d’excellence, Tébessa, avait
usé de moyens dilatoires qui lui ont permis de reporter sa comparution
devant le tribunal criminel jusqu’à hier. Toutes les voies de recours
ont été épuisées par ce dernier qui a vu ses pourvois rejetés l’un après
l’autre, notamment devant la Cour suprême en 2008, 2010 et 2012.
Auparavant, «la cour de Tébessa avait confirmé le 7 février 2005, et ce,
malgré l’appel du parquet et des accusés, le jugement d’incompétence
matérielle du tribunal correctionnel rendu le 23 mai 2004, du fait que
l’affaire relève du tribunal criminel». L’influence et le pouvoir de
l’argent surtout ont participé à la neutralisation de la procédure
normale vouée à une affaire criminelle d’une telle gravité et qui plus
est porte atteinte au-delà de l’intégrité morale et physique des
personnes à l’un des fondements de la démocratie et l’Etat de droit : la
liberté d’expression. Abdelhai Beliardouh qui doit, même à titre
posthume, la reconnaissance de tous à son métier de journaliste, redoit
sa fin tragique à ce même job. Mais, son nom qui avait retenti au-delà
de nos frontière depuis l’éclatement de cette affaire un certain 20
juillet 2002 et surtout l’écho de l’annonce de son décès quatre mois
après n’ont pas pesé sur l’inertie de l’appareil judiciaire, justement,
pour que justice soit faite. Paradoxalement, des centaines, voire des
milliers de journalistes continuaient durant la décennie écoulée à
défiler devant les tribunaux ou dans les locaux de la police pour les
«délits» d’écriture. Mais dans l’affaire qui nous concerne, une anomalie
de taille est apparue à la veille du procès. La disparition du rapport
préliminaire de police et le P-V d’audition d’un témoin à charge qui a
assisté à l’enlèvement de Beliardouh en tant que pièces accablantes ont
purement et simplement disparu du dossier. Est-ce à dire que le
déroulement du procès est d’ores et déjà biaisé et qu’il ne faille pas
s’attendre à un verdict juste ? Les ayants droit de feu Abdelhai
Beliardouh et le journal El Watan représenté par son directeur Omar
Belhouchet, qui a été de toutes les luttes pour faire avancer ce dossier
et rendre justice à son journaliste «assassiné» et qui s'est constitué
partie civile, auront donc attendu une décade pour voir, effectivement,
Guerboussi et ses complices au banc des accusés, ce qui est en soi une
première victoire pour le regretté «Daha». Nous reviendrons dans notre
prochaine édition sur les péripéties du procès.
K. G.

Categorie(s): actualités

Auteur(s): K. G.

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