AKBOU: Nature en danger !

Lesoir; le Mercredi 28 Novembre 2012
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La vallée de la Soummam est plus que jamais menacée
dans son équilibre écologique. Sur un périmètre de moins de cinq
kilomètres, la commune d’Akbou est jalonnée par pas moins de quatre
sablières et autant de carrières d’extraction d’agrégats se livrant à
une concurrence sauvage et boulimique, en violation flagrante de la
réglementation et des cahiers des charges. Ainsi, outre le grave danger
qui menace la nappe phréatique du fait des cratères profonds excavés par
les engins des sablières (cratères laissés béants, au risque de la
pénétration des eaux usées et la contamination des nappes phréatiques),
les fellahs de la région souffrent de la pénurie d’eau dans leurs puits
qui sont quasiment asséchés, l’eau étant exclusivement pompée par les
sablières dotées de gros moyens. Depuis plus d’une décennie et par
diverses actions pacifiques, les riverains n’ont cessé d’interpeller les
autorités compétentes pour qu’elles interviennent et mettent un terme à
ce massacre écologique aux conséquences funestes et désastreuses. Outre
la pollution sonore produite par les engins et les camions de gros
tonnage qui traversent leurs quartiers, la pollution atmosphérique qui
leur a déjà causé de multiples maladies respiratoires (asthme et autres
allergies), leurs habitations sont gravement lézardées à cause des
dynamitages des carrières qui rognent chaque jour que Dieu fait le Piton
d’Akbou. Ce majestueux symbole plurimillénaire qui a résisté aux
multiples invasions à travers les siècles. «Au moment où nous nous
attendions à ce que nos responsables locaux reconnaissent et se penchent
sur ce problème épineux afin de trouver d’éventuelles solutions, voilà
qu’ils viennent d’autoriser l’implantation d’une nouvelle et énième
carrière sur le versant sud du Piton d’Akbou, à quelques mètres du
village agricole limitrophe au cimetière Sid- Abderrahmane. Et ce,
comble de provocation, sans aucun préavis ni aucune concertation ! Nous,
habitants et fellahs de la région, contestons énergiquement et
catégoriquement cette énième agression et réclamons son annulation pur,
simple et immédiate.» C’est en ces termes que les habitants des
quartiers limitrophes expriment leur mécontentement dans une pétition
destinée au ministère de l’Environnement.
Poisons chimiques dans la rivière
Quelques centaines d’Akbouciens ont déjà joint leurs signatures à ce
document, parmi eux plusieurs candidats issus de différentes listes en
campagne électorale pour les prochaines communales. Toutefois,
faudrait-il le signaler, lesdits candidats refusent d’assumer
publiquement cette pétition et insistent tous à ce que leurs noms ne
soient pas cités dans la presse. Tous ces désagréments ont été maintes
fois évoqués par les citoyens durant les meetings de proximité organisés
par les candidats aux prochaines communales. A croire l’ancien maire
intérimaire qui drive présentement la liste du parti au pouvoir le RND,
le maire n’aurait aucun pouvoir de décision concernant l’implantation
d’autres éventuelles nouvelles carrières. L’ancien directeur de la
défunte Encotrab (l’entreprise publique chargée de l’exploitation de la
plus ancienne carrière sise à Vouz-eroual) prétend qu’au début des
années 1990, une note leur aurait été envoyée par le wali de l’époque
pour les prévenir de l’imminente fermeture de cette carrière, à cause de
sa proximité immédiate avec l’espace urbain. «Mais la fameuse note n’a
eu aucune suite», s’étonnet-il. Par ailleurs, la déchéance programmée de
la Haute Vallée ne se résume pas à ces pilleurs de sable et autres
extracteurs voraces d’agrégats. Parmi les dizaines d’industriels
implantés dans les deux Zac (Taharacht et Azaghar) et qui déversent
directement leurs poisons chimiques dans la rivière, seul le groupe
Danone a jugé utile de doter son usine d’une technique de traitement des
effluents industriels. La disparition de plusieurs espèces de végétaux
et d’animaux en est le symptôme irrécusable de cette inéluctable
destruction environnementale. Ainsi, après la disparition totale de la
lauze (un poisson marin qui pond ses œufs en eau douce), et ce, depuis
le milieu des années 1980, l’anguille et le barbeau sont de moins en
moins visibles à mesure que les eaux de la Soummam sont de plus en plus
glauques et infectes.
Sidali Farid

Categorie(s): voxpopuli

Auteur(s): Sidali Farid

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