ALGÉRIE-FRANCE: Les petits messages de Hollande

Lesoir; le Samedi 22 Decembre 2012
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De notre envoyé spécial à Tlemcen,
Sofiane Aït Iflis
Plus qu’une escapade de villégiature, la virée, jeudi, du président
français François Hollande à Tlemcen s’est voulue un épilogue fait de
subtilités politiques, de messages susurrés et de rappels qui ne
devraient pas forcément plaire. Quitte à froisser ses vis-à-vis
algériens, il a soutenu en conférence de presse animée à la tombée de la
nuit à l’hôtel Renaissance, que la fermeture algéro-marocaine est
conséquence du conflit du Polisario.François Hollande, qui devait regagner l’Hexagone la mallette pleine
de contrats et le sentiment d’avoir réussi à désamorcer la crise des
mémoires sans s’épancher en excuses, ni à exprimer une repentance, a
affirmé avoir abordé la question du Sahara occidental avec le président
Bouteflika et de la frontière fermée entre l’Algérie et le Maroc. Rien
d’anormal jusque-là, puisque les discussions entre les deux chefs d’Etat
devaient aussi porter sur les questions régionales. Mais c’est lorsqu’il
a estimé que la fermeture de la frontière entre les deux pays est liée
au conflit du Polisario qu’il commet l’impair politique. Les autorités
algériennes se sont toujours élevées contre ce raccourci au demeurant
récurrent chez les Français. «On a parlé de la frontière fermée entre
l’Algérie et le Maroc. Je souhaite que le conflit du Sahara occidental
soit résolu et que cette frontière soit rouverte.» Perception française
figée d’une problématique pour laquelle l’Algérie déploie pourtant
énormément d’efforts d’explication. Elle n’évolue pas quand Hollande
réitère que son pays s’en tient au mécanisme onusien pour le règlement
du conflit. «L’ONU, rien que l’ONU et toutes les résolutions des nations
unies», a-t-il dit, poursuivant : «Je me rendrai l’année prochaine au
Maroc et je dirai aux Marocains ce que j’ai dit aux Algériens.» Si
Hollande ne s’est pas interdit d’établir une relation de causalité entre
la fermeture de la frontière algéro-marocaine et la question du Sahara
occidental, il ne prendra cependant pas la liberté de dévoiler le
contenu du contrat d’armement signé à l’occasion de sa visite.
Visiblement gêné par la question, il a éprouvé une certaine difficulté à
trouver la formule la moins engageante mais qui, en même temps, n’aura
pas l’allure d’une esquive. «Tout est écrit dans le contrat…Vous pouvez
le lire (…) il ne s’agit pas d’armes (…) du matériel.» Sur le reste,
François Hollande ne dira pas plus que ce qu’il avait dit la veille
devant la presse et le matin du jeudi devant les parlementaires. Il a eu
à cœur de répéter ce qu’il avait déjà consenti. Pas une affirmation de
plus. Tout content d’informer que le Conseil de sécurité de l’ONU avait
le jour même autorisé le déploiement de la force africaine dans le nord
du Mali, le président français a souligné que la France reste favorable
à une négociation politique avec les groupes qui se démarquent du
terrorisme tout en soutenant une intervention armée par la force
africaine pour éradiquer les groupes terroristes. «L’Algérie comprend
notre position, elle sait pourquoi nous agissons ainsi.» Sur la Syrie,
Hollande a affirmé soutenir les efforts de l’émissaire onusien Lakhdar
Brahimi tout en appuyant l’opposition syrienne.
Vérité et volonté pour bâtir l’avenir
François Hollande a expliqué qu’il a placé sa visite en Algérie sur
deux vecteurs cardinaux : dire la vérité sur le passé et afficher une
volonté de bâtir l’avenir. Il a estimé être rendu à la vérité en ayant
reconnu que le colonialisme a été un système injuste et brutal mais en
ayant aussi reconnu les souffrances qu’il a infligées au peuple
algérien. La volonté, elle, il la dit perceptible dans la relation
politique de haut niveau pour laquelle les deux chefs d’Etat se sont
engagés. Pour le président français, il ne faut pas entretenir le passé
comme une forme de récrimination récurrente. Il a soutenu percevoir
cette volonté d’aller de l’avant chez les Algériens. Cette volonté se
lit dans «les mots choisis par les uns et les autres pour dépasser le
passé». Cette disponibilité à ouvrir une nouvelle page est illustrée par
la palette de contrats signés lors de cette visite et visible dans la
déclaration d’amitié. La nouvelle ère de coopération algéro-française
est un engagement pour 5 années. «Nous allons être très vigilants,
chaque année, il y aura des vérifications d’application des contrats
passés», a affirmé Hollande, comme pour dire qu’il ne s’agit pas de
conclure des contrats mais faut-il encore qu’ils aboutissent. La
satisfaction n’est cependant pas que française. Elle est aussi
algérienne. «Je pense qu’il a eu le discours que tout le monde
attendait», a apprécié Ould Kablia.
Choix de Tlemcen, un cadeau à Bouteflika
La moisson de contrats récoltée lors de la visite, le dépassement de
l’exigence de repentance par Alger valent bien quelques cadeaux au
président Bouteflika. Un livre ancien qui traite de la chrétienté mais
aussi une virée à Tlemcen au lieu de Sétif sur laquelle Hollande avait
initialement jeté son dévolu. «Je voulais visiter une ville de
l’intérieur du pays. Un président français s’était déjà rendu à Oran, un
autre à Constantine. Je voulais changer et j’avais retenu d’aller à
Sétif. Je suis venu à Tlemcen parce que c’est une ville chère au
président Bouteflika.» Pas besoin d’un dessein pour comprendre que ce
sont les autorités algériennes qui ont suggéré la destination Tlemcen
pour Hollande. D’ailleurs, tout a été fait pour qu’il se plaise. Un bain
de foule, une visite touristique, un titre de docteur honoris causa. La
randonnée pédestre accomplie au son des gheitas et des roulements de
tambours a été politiquement soft. Ni demande de visa, ni la réclamation
d’un quatrième mandat pour Bouteflika n’ont été scandés. La consigne a
été bien reçue. L’accueil populaire a cependant été fait en chemin
inverse, pour soulager les deux présidents de l’épreuve de l’arpentage
de la côte. A l’université où il prononcé un discours, François Hollande
a plaidé la cause de la langue française en Algérie. «Quatre instituts
d’enseignement supérieur vont bénéficier d’un accompagnement.» Mais plus
fondamentalement, Hollande avait en vue l’organisation de la
francophonie à laquelle l’Algérie n’appartient pas encore
officiellement. «La francophonie n’appartient pas qu’à la France, elle
appartient au monde entier.»
S. A. I.

Categorie(s): actualités

Auteur(s): S. A. I.

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