Algérie-France, tourner la page des illusions

Lesoir; le Jeudi 20 Decembre 2012
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Par Hassane
Zerrouky
La seule fois où les Algériens ont fait montre de réalisme, c’était
lors de la visite de Nicolas Sarkozy à Alger. Il faut dire que
l’ex-président français n’avait rien fait pour se rendre sympathique aux
yeux des Algériens.Stigmatisation des enfants d’immigrés d’origine surtout algérienne,
entreprise de réhabilitation des anciens de l’OAS, avec à l’arrière-plan
le refus de condamner le colonialisme comme un crime contre
l’humanité... Et ce, sans compter cette sourde menace lancée de
Benghazi, juste après la mort de Kadhafi, affirmant «dans un an l’Iran,
dans deux ans l’Algérie !» Son ministre des Affaires étrangères, Alain
Juppé, s’était même permis d’avertir le régime algérien d’entreprendre
des réformes et, suprême humiliation, de lui demander de commémorer le
50e anniversaire de l’Indépendance algérienne dans la discrétion ! Sur
la défensive, le pouvoir politique s’était muré dans le silence. Quelque
part, l’élection du socialiste François Hollande à la tête de l’Etat
français, souhaité au demeurant par les Algériens, est tombée à point
nommé. Sa visite en Algérie a ainsi lieu dans une configuration
géopolitique qui n’est plus celle de 2011, année de la chute des
dictatures tunisienne, égyptienne et libyenne. L’Algérie, en raison d’un
passé récent, violent et douloureux – Octobre 1988, puis les années
sanglantes du terrorisme (des dizaines de milliers de morts, des
milliers de disparus) – qui a laissé des traces profondes dans la
société, a ainsi échappé au «printemps arabe» ! Disposant de réserves de
change de plus de 200 milliards de dollars – les plus fortes du monde
arabe après celles de l’Arabie saoudite – ayant déboursé plus de 20
milliards de dollars pour acheter la paix sociale, le pouvoir politique
joue sur du velours. L’Algérie donne l’image d’un pays ayant échappé à
la déferlante islamiste qu’ont connue la Tunisie, l’Egypte et le Maroc.
Qui plus est, la prudence du pouvoir politique à l’endroit des
situations libyenne et syrienne, voire tunisienne, dictée plus par un
instinct de préservation du système politique que par une vision
prospective de la situation régionale, a joué en sa faveur. Il en est
ainsi quand elle pointait le risque que certaines armes puisées dans les
stocks de l’armée libyenne tombent aux mains de terroristes islamistes.
Aussi, en œuvrant pour une solution politique (et non militaire) au
Mali, non pour sauver les islamistes touareg, mais parce qu’aucun pays
au monde, fût-il dirigé par une dictature, ne veut d’un conflit à ses
frontières, la diplomatie algérienne a donc vu juste. Sa proposition
visant à découpler la question targuie de celle de l’Aqmi a reçu le
soutien de Washington et même de certains pays de la Cédéao (Communauté
économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest). Et ce, alors que la
France, pourtant aguerrie dans ce genre d’affaires, a fait montre d’une
précipitation étonnante quand elle a proposé une intervention militaire
au Mali avant la fin 2012. De fait, face à un pouvoir algérien que
l’évolution de la situation dans le monde arabe a plutôt servi, en ce
sens qu’en Egypte et en Tunisie la crise s’inscrit dans la durée, que la
Syrie est au bord de la déflagration, François Hollande aura fort à
faire. D’autant que l’Algérie n’est pas en situation de demandeur. C’est
plutôt la France, déclassifiée par les agences de notation, sous la
menace d’un risque de récession, qui est dans une position délicate.
Elle se trouve dans cette situation où elle a besoin du marché algérien,
lequel est le premier marché africain de la France et son troisième
débouché hors OCDE. Aussi le battage médiatique autour de la venue du
chef de l’Etat français, voire cet activisme d’une autre époque de la
part du lobby profrançais en Algérie, relève d’un schéma de pensée
dérisoire, qui n’a pas sa raison d’être, en ces temps de mondialisation
capitaliste où seul le réalisme économique et financier prime. De ce
fait, Hollande, accompagné d’une forte délégation de patrons français,
vient en Algérie pour sauver les parts de marché des entreprises
françaises rognées par la concurrence chinoise, turque, italienne et
espagnole. Et non pour vanter le modèle social français que le
gouvernement socialiste, sous la pression des marchés financiers, est en
train de remettre en cause.
H. Z.

Categorie(s): actualités

Auteur(s): H. Z.

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