Ammar Saâdani se lâche: Graves accusations contre le général Toufik et Louisa Hanoune

Lesoir; le Mercredi 2 Decembre 2015
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Ammar Saâdani aura, sans doute, tenu hier mardi, le
discours le plus virulent, le plus musclé et, disons-le, à la limite de
la correction, depuis son intronisation à la tête du Front de libération
nationale. L’opposition en général, le MSP, Soufiane Djilali et,
surtout, Louisa Hanoune seront traités detous les noms d’oiseaux, au
sens propre d’ailleurs pour la patronne du PT que Saâdani qualifiera de
«vieille poule qui n’est même pas pondeuse». Ahurissant !

Kamel Amarni - Alger (Le Soir) - «Louisa (c’est comme cela que
Saâdani appelle toujours la patronne du PT ) est devenue hystérique.
Elle a perdu son sang-froid depuis le départ de son parrain.» Le
«parrain», pour Saâdani, c’est bien sûr l’ex-patron du DRS, le général
de corps d’armée, Mohamed Médiene dit Toufik.
Pour l’atypique secrétaire général du FLN, c’est le général Toufik qui
tire toutes les ficelles, qui est derrière tout, depuis quelques
semaines. Bien entendu, Saâdani exprime, là, «crument», ce que ses
propres mentors lui ont signifié de dire. Et il le fera sans
retenue : «Louisa ? C’est son parrain (le général Toufik, Ndlr) qui lui
a créé un parti politique, c’est son parrain qui l’avait envoyée pour
travailler avec le FIS, c’est lui qui l’avait envoyée en mission à
Sant’Egidio, c’est lui qui lui avait donné son actuel siège national qui
est un bien du DRS, c’est lui qui lui a trafiqué les élections pour lui
donner un quota à l’Assemblée.» Saâdani ne s’arrêtera pas là ! «C’est
son parrain qui n’est plus là qui a demandé à Louisa de constituer un
groupe pour demander de voir le Président. Pourquoi veut-elle voir le
Président ? Pour lui dire quoi ? S’il y a une personne qui a été le plus
reçue par le Président, c’est bien Louisa ! Pourquoi elle veut le revoir
? Pour lui dire quoi encore ? Pourquoi elle ne dit pas au peuple ce
qu’elle veut dire au Président ?» Ce qui s’était passé lundi dernier à
l’APN ? «C’est Louisa et son groupe minoritaire qui ont dépassé les
limites. Louisa a voulu empêcher le vote de la loi de finances par la
force. Sur conseil de son mentor, elle a donné ordre de casser les
chaises et les micros de l’APN.»
En plus d’accuser le général Toufik d’être une sorte de chef des
«agitateurs», Saâdani poussera le bouchon encore plus loin avec des
insinuations insidieuses.
«Pourquoi Louisa n’a pas soufflé mot après l’assassinat du Président
Mohamed Boudiaf ?» Là, nous sommes en plein dans l’ignoble thèse du
«qui-tue-qui ?» ! Puis, ceci : «Pourquoi Louisa n’a pas soufflé mot
lorsque 6 000 cadres étaient licenciés ou jetés en prison ?» Une
allusion à Ahmed Ouyahia, au passage. «Louisa a fait perdre 50% à la
Sonatrach ! Elle ne faisait que s’en prendre à Temmar, à Chakib.» Des
propos inouïs que seul Saâdani peut prononcer. Il en dira davantage
encore : «Louisa se mêle de tout, même de ce qui ne la regarde pas. Même
de choses qui sont trop grandes pour elle ! Et nous, au FLN, nous
n’allons pas nous taire !» Toujours à propos de Louisa Hanoune, Saâdani
vociférera : «Son parti est anachronique ! Une trotskiste ! Son
programme n’est appliqué ni en Chine communiste, ni en Russie socialiste
! Imaginons un seul instant Louisa au pouvoir : plus aucun muezzin
n’appellera à la prière, plus aucune mosquée ne sera ouverte, plus
aucune entreprise ne va travailler ! Et puis chiche ! Qu’elle prononce
une seule fois la Basmala et moi je vais déposer ma
démission !» Du jamais vu ni entendu dans l’histoire du plus vieux parti
d’Algérie. Sans la moindre nuance ni mesure et cela vaut également pour
les autres cibles de Saâdani.
«L’opposition ? C’est quoi cette opposition ? Un mélange de partis et de
personnalités et que personne ne comprend ! Ils veulent quoi au
juste ? A part le fauteuil du Président qu’ils veulent prendre de force,
ils n’ont rien à proposer au peuple. C’est quoi ces partis qui ne sont
en réalité que des personnes et des cachets ? Ils n’ont, en fait, que ce
que la presse écrit sur eux.»
Le secrétaire général du FLN s’en prendra ensuite, séparément, à
certaines «cibles». «Moi, dira-t-il encore, je souris quand je lis
Soufiane Djilali veut, Soufiane Djilali a dit, etc. C’est qui Soufiane
Djilali ? Si c’est un enseignant, nous avons des milliers d’écoles où il
pourrait enseigner. Si c’est un penseur, nous avons de nombreuses
universités où il pourrait s’exprimer. Mais s’il s’agit d’un parti
politique, qu’on nous donne son adresse, au moins.»
Parmi ce qu’il qualifiera d’«opposition opposante», Saâdani isolera en
particulier le MSP. «Le MSP qui devient opposant ! Franchement, on aura
tout vu ! Quand ils parlent, aujourd’hui, on reste sans voix ! C’est
comme s’ils n’ont jamais été avec nous au gouvernement ! Comme s’ils
n’ont jamais été à la tête des secteurs entiers comme le tourisme, le
commerce, la pêche, les PME, etc. Ils viennent à peine de quitter le
gouvernement. Leurs pieds sont encore tout chauds et ils se découvrent
opposants ! Soyons sérieux ! Un peu de retenue ! Arrêtez de mentir au
peuple ! Vous nous dites que rien ne va plus aujourd’hui dans ce pays ?
Eh bien, c’est parce que vous l’avez géré ! C’est le fruit de votre
gestion.»
Avec un tel discours, prononcé à l’ouverture d’une réunion du bureau
politique du FLN, hier mardi, Saâdani partage, au moins, une chose avec
le MSP : il tente lui aussi de faire oublier sa dérive monumentale sur
la question du Sahara occidental. Et, désormais, sa position semble bien
assumée puisque, même dans le communiqué officiel du bureau politique,
pas un seul mot sur la question sahraouie, ni même sur les questions
internationales, ce qui est une entorse flagrante à la tradition et aux
usages au sein de l’ex-parti unique.
K. A.

Categorie(s): actualités

Auteur(s): K. A.

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