Après les attentats de Paris, les services belges s’intéressent de près au djihadisme d’obédience marocaine: Un terrorisme en cache toujours un autre

Lesoir; le Jeudi 26 Novembre 2015
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De notre bureau de Bruxelles, Aziouz Mokhtari
«La Belgique recherche activement» dix djihadistes lourdement armés.
Didier Reyders, ministre belge des Affaires étrangères, a créé davantage
de panique dans un pays qui n’en avait pas tellement besoin.
Les peines et souffrances actuelles du plat pays de Jacques Brel
suffisent. Par cette déclaration, il met encore plus de pression sur les
services de sécurité et sur ses concitoyens. A la décharge du «relex» du
royaume de Philippe et de la charmante Mathilde, tout le monde, ici, est
énervé. 
Sur le pied de guerre. Les descentes punitives sur Paris du vendredi 13,
toutes planifiées et parties de Bruxelles, ont balancé la Belgique dans
la colère, humilié l’Etat et, sans doute, vont-elles reconfigurer le
«vivre-ensemble» à la belge. Molenbeek, «le petit Maroc», est dans le
viseur des pouvoirs publics.
Majorité et opposition, société civile, leaders d’opinions,
représentants du culte musulman, tous s’accordent à considérer que,
dorénavant, ici, plus rien ne sera «comme avant».
Pourtant, la marge de manœuvre pour remédier à cela est maigre, bien
trop maigre pour espérer des résultats spectaculaires autres que ceux,
répressifs, déjà annoncés. Encore que !
Que faire ? Recruter davantage de policiers, d’éducateurs, d’animateurs
de quartiers, de gendarmes ? C’est une voie à suivre, assurément !
Pourtant, rien n’indique que la Commission européenne, le sévère
surveillant général des dépenses publiques, permette à la Belgique de
dépenser plus que de raison.
Les moments d’émotion et de peur passés, le risque est grand de voir les
choses redevenir comme elles étaient avant que Paris n’explose. Il est
vrai, cependant, que les bourgmestres qui ont eu à gérer Molenbeek, le
socialiste Philippe Moureaux et la libérale Françoise Schepmans, sont
montés au créneau et, courageusement, pris leurs responsabilités.
Mayeurs de cette étrange municipalité bruxelloise plus de 60 % de la
population est d’origine marocaine (Nador, Oujda, Berkane, Figuig,
Hoceima) liée au Makhzen ont reconnu avoir «par endroits failli». C’est
courageux !
D’obédience marocaine, les attentats «bruxellois» de Paris ouvriront,
c’est évident, une crise entre Bruxelles et Rabat. Le renseignement
belge n’accepte pas, ne gobe pas que le Maroc n’ait pas informé des
préparatifs meurtriers visant la capitale française.
La presse spécialisée, ici, ouvre des pistes qu’il sera, à l’avenir,
difficile de ne pas emprunter. Pour certains analystes, Rabat «peut
avoir perdu la main» sur ses islamistes d’Europe au profit des mouvances
djihadistes, takfiristes nourries aux mamelles du wahhabisme saoudien et
que, les «tartarinades» du Makhzen concernant sa gestion de sa diaspora
à l’étranger sont pure affabulations. L’autre thèse serait que Rabat qui
s’est habitué — et plus — à manipuler le terrorisme contre son voisin de
l’Est, l’Algérie, a dormi tranquille croyant que les tueurs n’iraient
pas au-delà. Une troisième hypothèse relayée dans la capitale européenne
est, pourtant, tout aussi crédible.
Les «services» marocains n’ont plus les moyens de s’occuper des
Marocains de l’étranger tout occupés qu’ils sont à gérer la question de
la «marocanité» du Sahara occidental. Pays pauvre, en crise, le Maroc
doit en plus, porter un budget militaire lourd, de plus en plus lourd.
Rien ne garantit, selon les experts occidentaux, que Rabat puisse tenir
le rythme de dépenses militaires dans les années à venir.
Des concessions majeures sur le dossier sahraoui sont, selon ces
expertises, souhaitées et même demandées par des courants proches des
sphères décisionnelles du palais de Rabat.
Les Belges, sans doute, les autres membres de l’Union européenne,
ensuite et notamment la France, s’intéressent beaucoup au djihadisme
d’obédience marocaine.
Molenbeek, «le petit Maroc», n’est que la face émergée de l’iceberge.
Les chiffres les plus saisissants ont trait au nombre des combattants
marocains au sein de Daesh.
Plus de quatre mille selon des indiscrétions policières du royaume de
Belgique, évidemment !
A. M.

Categorie(s): monde

Auteur(s): A. M.

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