ATTITUDES : Impunité

Lesoir; le Samedi 1 Decembre 2012
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Par Naïma Yachir
naiyach@yahoo.fr
Dans une course folle, un bus privé de transport en commun, bondé,
s’acharne à vouloir dépasser un véhicule dont le conducteur roule
tranquillement sur sa voie. Pressé d’arriver à la station, son téléphone
portable collé à son oreille, il s’enquit de la situation à la station
de son itinéraire, Aïssat-Idir d’Alger. Démarrant en trombe de Aïn-Naâdja,
notre fou du volant, frais émoulu, veut à tout prix rejoindre sa
destination avant son collègue pour assurer un autre convoi. Notre
chauffeur, qui, il y a à peine quelques mois, était un simple receveur,
est vite monté en grade. Il conduit un bus ! Et quel bus ! Mieux vaut
parler d’une carcasse ambulante. Je disais donc, dans sa folie
meurtrière, notre criminel en puissance n’en démordra pas malgré les
mises en garde des passagers qui voyaient le danger arriver. Dans sa
course-poursuite, il finira par écraser l’arrière du véhicule qui le
gênait, comme un avorton. L’action s’est produite en une fraction de
seconde. Le chauffeur pour ne pas se renverser et éviter le pire aura
toutes les peines du monde à redresser son véhicule. Il butera ainsi sur
sa victime, la petite voiture qui le devançait. Un coup de frein sec, et
le pare-brise volera en éclats ; quant aux passagers secoués par le
choc, ils se retrouveront cloués sur le plancher. Des pleurs, des cris,
des évanouissements, des hurlements de colère, la situation vire à
l’apocalypse. On se tâte la tête, les bras ; bref, le corps,
heureusement aucune goutte de sang. Le chauffeur, médusé, les mains
agrippées à son volant, le visage livide ne dit pas un mot. Les
passagers, après quelques minutes, reprennent leurs esprits, remercient
Dieu qu’ils s’en soient sortis sains et saufs. «Mon Dieu ! nous avons
frôlé la mort !» lancera cette jeune femme, les cheveux ébouriffés, les
vêtements en désordre, les yeux rouges de frayeur. Un homme, la
cinquantaine bien entamée, ne pouvant contenir son courroux, se dirigera
vers le chauffeur en criant : «Laissez-moi, je vais le tuer, cet
assassin !» On le retiendra difficilement, on finira par le calmer.
Hommes, femmes jeunes et moins jeunes, tous les passagers quitteront le
bus, en criant presque en chœur : «Bien sûr, à leurs yeux, nous sommes
des pièces de monnaie qu’ils comptent à la fin de leur journée. Et bien
sûr, ce n’est pas cet accident qui va les assagir, ils vont continuer à
faire de la vitesse, à conduire des bus destinés à la fourrière en plein
centre de la capitale. Ils le feront en toute impunité, car tout
simplement nos gouvernants laissent faire.»

Categorie(s): soirmagazine

Auteur(s): lesoir

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