ATTITUDES : La mamma

Lesoir; le Samedi 15 Decembre 2012
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Par Naïma Yachir
naiyach@yahoo.fr
Il se jeta dans ses bras, éclata en sanglots, elle l’enlaça et lui
dit d’une voix à peine audible :
- Mon fils, comment t’es-tu rappelé que tu avais une mère ? Il essuya
ses larmes, lui prit la main, la regarda et lui répondit :
- Mère, oublions le passé.
Il ne l’avait pas vue depuis deux ans, il avait décidé de rompre avec toute sa famille pour des différends qu’il avait eus avec ses frères et sœurs, et avait juré par tous les saints qu’il ne remettrait plus les pieds dans cette maison qu’elle partageait avec l’un de ses fils. Deux longues années ont passé, la mamma avait beaucoup changé, il ne l’avait presque pas reconnue. La maladie l’a affaiblie, à 85 ans, elle a gardé tous ses esprits, mais son corps l’a trahi. Elle le trouvait très amaigri, il avait pris un sacré coup de vieux, ses cheveux avaient beaucoup blanchi depuis, le retrouver ainsi l’a profondément peinée. Sur son lit, où elle était allongée, sa silhouette, jadis dodue, est aujourd’hui frêle sous les couvertures. En ce début du mois de décembre, les après-midis sont froides. La froideur c’est dans son cœur qu’elle la ressent le plus, quand elle se retrouve seule dans cette grande maison pourtant bien chauffée. Son fils, sa belle-fille et son petit-fils quittent la maisonnée tôt le matin, pour ne revenir qu’en fin de journée. La lecture qui l’aidait à passer toutes ces heures d’attente lui a fatigué les yeux, et la télévision lui donne des maux de tête. Que de fois elle a rêvé que son fils aîné, qui habitait à quelques îlots, toquerait à la porte, lui apporterait du pain chaud et ils prendraient ensemble le café en attendant le retour du benjamin. Ils parleraient du froid, elle lui demanderait des nouvelles de son arrière-petit-fils. Mais elle était à chaque fois secouée par la triste réalité. Alors, elle lève les mains au ciel et murmure : «Ô, Dieu le Tout-Puissant pardonne lui ses péchés et fais que son cœur s’attendrisse.» Elle remerciera Dieu, car son fils, la prunelle de ses yeux, lui est revenu, elle oubliera vite sa maladie et lui proposera de lui préparer un café qu’elle aura un plaisir incommensurable à siroter avec lui. Ce sera le meilleur café qu’elle aura bu depuis le jour où il avait franchi le seuil de la porte, il y a deux ans. Ils ont ri, parlé que de belles choses. Il lui annoncera que sa fille attend un deuxième bébé, un garçon. Il finira son café, il l’embrassera, la serra très fort et quittera la maison. Elle n’a plus la force de l’accompagner jusqu’au péron, le voir monter dans sa voiture en lui recommandant d’être prudent. Elle se lèvera quand même, l’accompagnera jusqu’au pas de la porte de la chambre et avec des yeux embués lui dira : «Prends soin de toi, mon fils.» Comblée de bonheur, elle s’empressera de répandre la nouvelle à tous ses enfants. Son petit-fils, cet adolescent de 14 ans qui vit avec elle, ne cachera pas sa joie. «C’est vrai, tonton est venu, je n’en crois pas mes oreilles, je suis content. Aujourd’hui, je vais bien dormir, je sais maintenant que tu ne pleureras pas la nuit, que tu ne garderas pas les yeux ouverts en priant Dieu pour qu’il lui pardonne.»

Categorie(s): soirmagazine

Auteur(s): lesoir

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