ATTITUDES: Le bûcheron

Lesoir; le Samedi 28 Novembre 2015
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Par Naïma Yachir
naiyach@yahoo.fr
Tôt le matin, avant l’arrivée des pluies, Ammar, la cinquantaine,
sillonne les montagnes du massif du Djurdjura, pour couper le bois en
prévision des journées froides. Il graisse sa tronçonneuse, met le plein
d’essence et s’engage dans la forêt. Il est à la disposition des
habitants de son village et des hameaux avoisinants. Il choisit des
troncs bien secs pour assurer une bonne chauffe.
Cette année, il a travaillé un peu plus que les années précédentes, vu
l’arrivée tardive de l’hiver, et les villageois étaient nombreux à lui
faire appel. Ses journées ont été longues et le choix du matériau n’a
pas toujours été facile. Ammar n’est pas à l’abri d’un accident. Il y a
un mois, un tronc a failli lui tomber sur la tête n’étaient son
expérience et son agilité.
«Ce sont les risques du métier. Plus d’une fois j’ai évité de justesse
de me sectionner les doigts avec la scie. Nous, les montagnards sommes
aguerris. Et puis aujourd’hui les bûcherons se font rares. Les
villageois comptent beaucoup sur moi pour les ravitailler. L’hiver est
rude ici. Pour peu que la neige paralyse les montagnes, on est vite
isolé. Si l’on ne prépare pas les stocks, c’est la catastrophe. On l’a
vu il y a quelques années, l’épisode de la pénurie des bouteilles de
gaz, où des familles ont failli mourir de froid est encore vivant dans
les esprits.
Depuis, ils prennent leurs devants. Le bois est abrité, on l'éloigne de
l'humidité, on le bichonne. On en prend soin comme la prunelle de nos
yeux.» Mais Ammar est contraint de changer son fusil d’épaule, et pour
cause, l’installation du gaz de ville est prévue pour l’automne
prochain.

Categorie(s): soirmagazine

Auteur(s): lesoir

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