BOUIRA: Chronique d’une élection pas comme les autres

Lesoir; le Samedi 1 Decembre 2012
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Jeudi 29 novembre 2012. Il est 9 heures. Au chef-lieu de la wilaya de Bouira, les rues sont presque désertes. Au niveau du centre de vote Larbi-Tébessi, la tendance est au ralenti. A peine quelques vieux qui sont venus accomplir leur devoir.
Yazid Yahiaoui - Bouira - Le Soir - Quelques minutes plus tard, les premières anomalies nous sont parvenues de Haïzer où l’on nous indique que le centre de vote Amzil, sis au centre-ville est totalement fermé. Raison invoquée : le vote massif des militaires venus par sections de 30 éléments. Quelques minutes plus tard, nous voilà au cheflieu de cette commune située à 10 kilomètres à l’est de Bouira. Sur place, nous étions accueillis par des dizaines de citoyens rassemblés devant le siège de la daïra pour protester contre le vote des militaires. Les représentants des huit listes engagées pour l’APC étaient en réunion avec le chef de daïra et les représentants de l’armée. Laissant ces dizaines de citoyens devant le siège de la daïra, nous nous dirigeâmes vers le centre de vote. Sur place, nous avons effectivement trouvé les portes des six bureaux de vote, toutes fermées et aucun citoyen n’était admis à voter. Devant le bureau de vote n°2, un citoyen nous interpella. Il nous dira que les militaires n’étaient pas résidents et avaient déclaré qu’ils étaient venus voter FLN. D’ailleurs, ce fut là la goutte qui avait fait déborder le vase chez ces jeunes de Haïzer. «Comment se fait-il qu’un militaire qui ne sait rien de ma ville, ni des candidats en lice, voterait pour élire le maire ?» tempête un jeune surexcité. «Et ils déclarent ouvertement qu’ils sont venus voter FLN. C’est incroyable !» dira un autre. «En tout cas, il est hors de question qu’ils votent ici. D’ailleurs, ils sont repartis vers leur caserne et nous veillerons à ce qu’ils ne reviennent plus», dira un autre comme pour calmer les esprits. Retour vers le siège de la daïra. Les candidats eux, viennent de s’entendre avec le chef de daïra. Ils sont sortis pour expliquer aux dizaines de manifestants restés sur place, d’aller voter et de les laisser faire des recours selon la loi. Pour le candidat du FFS qui n’est pas du tout convaincu par ce qui s’est passé, même s’il a accepté le principe de reprendre le vote tout en rédigeant un recours, «nous assistons non pas à une opération de vote pour élire en toute démocratie les représentants du peuple mais bel et bien à une loterie». 12 heures. Alors que le vote a repris au centre de Haïzer, nous apprenons sur place que le même problème est posé dans un centre de vote de la localité Kherba, dans la commune de Maâla, à 30 kilomètres au nord-ouest de Bouira, dans la daïra de Lakhdaria. Les citoyens ont protesté contre le vote massif des militaires dès la matinée en fermant le centre. Ce n’est qu’après le départ des militaires que l’opération de vote avait repris. Au même moment, nous apprenons que du côté de la commune d’Aghbalou, à 70 kilomètres à l'est de Bouira, dans la daïra de M'chedallah, des affrontements ont eu lieu entre les jeunes et les forces de l’ordre dépêchées dès la matinée pour assurer la sécurité du centre qui avait fait l’objet d’attaque de ces jeunes durant la nuit. Les jeunes avaient attaqué ce centre et avaient saccagé les urnes avant que les services de l’APC ne les remplacent sur place. Pendant toute la journée, les policiers étaient aux prises avec ces jeunes, à coups de jets de pierre de part et d’autres. Cela étant, l’opération de vote s’est poursuivie normalement puisque les citoyens désireux de voter, empruntaient un autre chemin menant vers le centre Tazaghart. Vers la fin de la journée, des informations faisaient état de la blessure de pas moins de 48 policiers dont deux étaient évacués vers l’hôpital de M’chedallah, alors que du côté des jeunes, l’on déplore une vingtaine de blessés légers. 15 heures. Direction Aïn Bessem. Laissant le climat de guerre et de tension vécus par les électeurs au niveau de ces localités, nous nous sommes dirigés vers le centre Saed, situé au centre-ville d’Aïn Bessem, à 25 kilomètres à l’ouest de Bouira. Là, nous avons constaté que l’engouement du 10 mai dernier lors des élections législatives n’est plus le même. Cependant, les méthodes adoptées par les soutiens des candidats, particulièrement ceux du FLN et du PRA, dont le représentant est un enfant de la ville, étaient flagrantes. D’après certains représentants des autres partis, cela frise l’intimidation et même la menace. Rencontrés sur place, les représentants de la Cwisel, nous diront que l’opération de vote se déroule dans de bonnes conditions ? 17 heures. Retour à Bouira. Le taux de participation est de 25,59% pour les APC et 23,11% pour l’APW. A 19 heures, après la fermeture des bureaux de vote, ce taux a grimpé à 42,34% pour les APC et 37,49% pour l’APW. Cependant, ce que nous avons pu constater c’est que pour la première fois, le taux de participation au niveau de la wilaya était très rapproché entre la région arabophone et la région berbérophone, contrairement aux élections précédentes où, d’habitude, la participation dans la région est de la wilaya tournait autour des 10 – 15% quand celle de la région ouest, tournait autour de 40 – 45%. Pour l’opération du dépouillement, nous avons choisi un centre de vote très significatif : celui des 140 logements de la ville de Bouira, où il y a avait entre autres, un bureau réservé aux éléments de l’ANP. Lors du dépouillement, au bureau n°3 réservé aux éléments de l’ANP, le FLN et le RND avaient raflé la majorité des voix. Cette tendance s’est confirmée plus tard un peu partout à travers la wilaya puisque ces deux partis sont sortis grands vainqueurs de cette élection.
Y. Y.

Categorie(s): actualités

Auteur(s): Y. Y.

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