C’est ma vie: Exposition universelle de milan 2015, le challenge de Habiba

Lesoir; le Samedi 9 Mai 2015
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Par Naima Yachir
Son optimisme, son patriotisme et sa passion pour son métier ont fait de
Habiba Djadi une femme ambitieuse pour qui travail rime avec amour.
Sa sélection à la participation à l'exposition universelle de Milan fait
sa fierté. Six mois durant, cette psychologue de 34 ans, versée dans
l'hôtellerie, une profession qu'elle vénère, est déterminée à être à la
hauteur de ses ambitions. «Revenir avec des médailles» c’est son but.
Du haut de ses 34 ans, Habiba Djadi était destinée à embrasser une
carrière d’orthophoniste après de brillantes études en psychologie, mais
le destin en a voulu autrement. Sortie major de promo, elle pointera au
chômage pendant longtemps. «J’ai envoyé des dizaines de CV un peu
partout, sans aucune réponse. J’ai alors décidé de faire des petits
boulots. Indépendante très jeune, il n’était pas question pour moi de
moisir à la maison et de tendre la main. Je me contentais de ce qui me
tombait dans la main, abandonnant le rêve de devenir une éminente
orthophoniste.
J’ai vraiment galéré. Vendeuse, serveuse, représentante commerciale,
agent pour une entreprise de communication, je ne faisais pas la fine
bouche, et je me disais toujours qu’il n’y avait pas de sot métier. Le
monde du travail n’avait presque plus de secret pour moi. Je voulais
alors passer à autre chose. Puis, un jour, la chance me sourit. Dieu a
entendu mes prières en m’envoyant un membre de ma famille qui me proposa
un emploi à l’hôtel Sofitel. C’était pour moi le summum. J’étais enfin
déclarée et j’avais un salaire fixe. J’occupais le poste de
coordinatrice entre les différents services de l’hôtel.
Certes, mes débuts ont été très durs, j’ai d’ailleurs failli jeter
l’éponge à plusieurs reprises, mais au fil du temps mon nouveau job me
passionnait. J’ai compris que l’expérience, il fallait l’arracher, que
la moindre petite information, il fallait la voler. J’étais très alerte,
et mon sens de l’observation s’aiguisait chaque jour un peu plus. Nous
avons affaire à des personnes qu’on doit satisfaire coûte que coûte, il
faut donc avoir toujours le sourire, la bonne parole, et ce n’est pas
évident. Je rentrais le soir à la maison en pleurant. Mes parents me
réconfortaient et m’encourageaient à ne pas abandonner. En Algérie, une
femme qui travaille dans un hôtel est très mal vue. Je commençais à 15h
pour finir à 23h. Pour aller de l’avant, il faut faire fi de toutes les
considérations sociales, culturelles et du qu’en dira-t-on. En fait, ce
qui m’a donné la force de continuer, c’est le client. Quand ce dernier
vous dit qu’il a fait tous les Sofitel du monde et que le vôtre est l’un
des meilleurs, cela vaut tout l’or du monde. Dans ce métier, il faut
avoir du caractère, des nerfs d’acier pour gérer les mentalités, les
sautes d’humeur et les niveaux d’instruction des collègues. Quand on
arrive à comprendre tout cela, on est sauvé. Ce qui est fascinant, c’est
qu’on oublie notre formation de base. Un universitaire avec master est
valet de chambre, une comptable, femme de chambre.
Il faut être passionné pour accepter cela. En tout cas, ce qui est
fabuleux en hôtellerie, c’est qu’on apprend à soigner notre apparence,
avoir de la classe, mais dans la sobriété. Le faste, l’extravagance ne
sont pas permis.
En fait, il faut savoir véhiculer l’image de Sofitel et à travers cette
image, on véhicule celle de notre pays. La fibre patriotique que je
porte en moi suscite un sentiment de jalousie surtout quand je voyage,
ne serait-ce que chez nos voisins, le Maroc et la Tunisie. Cela me donne
alors plus de motivation pour me perfectionner. Et cela a donné de bons
résultats, puisque j’ai pu décrocher le poste de gouvernante.
Un an plus tard, j’ai été confirmée avec les félicitations de mes
supérieurs. J’étais toujours au-devant de la scène, on m’encourageait
sans cesse et cela m’incitait à faire toujours plus. J’assumais les
suites des VIP, et croyez-moi, c’était une fierté et un challenge à la
fois.
Quand le client quitte l’hôtel avec le sourire, et qu’il revient, cela
veut tout simplement dire qu’on a gagné le pari. Cela veut dire aussi
qu’en Algérie il n’y a pas que du négatif. Mon rêve de devenir une
excellente orthophoniste, je l’ai mis aux oubliettes puisque j’en ai eu
un autre, celui de percer dans l’hôtellerie.
Et je ne regrette pas. Mais je dois avouer que mes études m’on beaucoup
servi dans l’exercice de mon métier, je n’ai donc pas perdu mon temps.
Pour l’anecdote, je savais avec beaucoup de tact dire à un macho que la
salle de bains est mal nettoyée par exemple. J’ai gagné au change. J’ai
appris la langue anglaise, appris à gérer une équipe, le stress qui est
omniprésent, cerner le client. Avec l’expérience, on sait tout de suite
ce qu’il veut, si c’est un habitué des hôtels, s’il est de passage, ou
s’il va séjourner longtemps. On a du recul et on mûrit». Ambitieuse,
c’est là son moindre défaut. Habiba visait la restauration. L’exposition
universelle de Milan 2015 tombait à pic. L’EGT devait trier sur le volet
des personnes compétentes, sérieuses, jeunes et dynamiques pour
représenter l’Algérie à cette manifestation où 75 pays participent
durant six mois. «Ce jour-là, j’allais déjeuner quand la responsable m’a
convoquée à son bureau. Elle n’est pas passée par 36 000 chemins. Elle
m’a dit tout de go : «Tu es prête à partir pour six mois à Milan.» Je
n’ai pas hésité une seconde à répondre «oui».
En ajoutant que je dois quand même en parler à mes parents. Ces derniers
m’ont encouragée. On m’a sélectionnée bien que je n’avais aucune
expérience en restauration, mais c’était sans compter sur ma témérité et
mon ambition, ma soif d’apprendre et vite. J’ai donc suivi un stage
bloqué à l’hôtel Raïs de Aïn Taya avec le reste de l’équipe. 13 en tout,
huit cuisiniers et six en salle. Hommes et femmes venus de différents
établissements hôteliers, comme le Mercure, l’Albert 1er, le Sofitel et
le Raïs, tous faisant partie de l’Entreprise de gestion touristique
Centre. J’avoue qu’au début j’avais le trac. Mais mon stage à l’hôtel
Raïs, où j’ai trouvé l’aide précieuse de son directeur, son personnel,
m’a aidé à surmonter ma peur.
Faire découvrir à plusieurs pays des quatre coins du monde la cuisine
algérienne dans toute sa diversité, l’art de la table algérienne, car
elle existe, est pour moi un défi à relever, et j’adore les défis,
surtout je ne veux pas trahir la confiance de ceux qui m’ont choisie. Au
début je ne savais pas grand-chose de la cuisine, mais Mme Ziouche
Rachida, assistante au commissaire de la manifestation, et Messili
Amine, chef cuisinier de l’hôtel Raïs qui a représenté l’Algérie dans
bon nombres d’expositions universelles, m’ont énormément appris sur
notre gastronomie. Le but de l’Expo de Milan c’est que l’Algérie se
réapproprie notre couscous. On en a recensé à ce titre au moins 3 000
sortes.
A ce titre, un dossier a été ficelé pour démontrer que ce plat vient de
l’Algérie, qu’il est originaire de l’ Algérie. Il va être présenté lors
de cette manifestation. Le programme est riche. En plus de la
gastronomie, il y a des thèmes culturels comme l’organisation de fêtes
de mariage à l’algérienne. A cet effet, nous allons organiser pour un
couple algérien établi à Milan toute la cérémonie des noces. Nous ferons
découvrir aussi nos fêtes religieuses, nous viserons le tourisme
culinaire. Nous célébrerons le 5 Juillet qui sera décalé au 8 août
exceptionnellement à cause du mois de Ramadan. On fera tout pour être à
la hauteur».
Depuis le 1er mai, l’équipe est à Milan, et le challenge a commencé.

Categorie(s): soirmagazine

Auteur(s): Par Naïma Yachir

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