C’est ma vie: L’«Iceberg» a résisté à tous les «réchauffements»

Lesoir; le Samedi 28 Novembre 2015
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Par Mohamed Bouchama
L’«Iceberg», plus qu’un nom, un lieu, une histoire. C’est la vie d’un
homme, feu Mohamed Bachais, qui nous a quittés il y a quelques jours.
Une vie de 50 ans à servir une clientèle exigeante parmi laquelle des
célébrités de la trempe de Georges Moustaki et Nicoletta.
Ils deviennent rares ces lieux où le luxe et le plaisir se conjuguent,
offrant des moments inoubliables. Jadis, les Algérois se donnaient les
moyens pour affirmer leur savoir-vivre avec des visites familiales, des
sorties nocturnes et quelques plaisirs en des endroits qui leur étaient
familiers.
Sur la baie orientale d’Alger, l’ex-Fort-de-L’eau offrait ses charmes à
longueur d’année, en été particulièrement. Des restaurants, des bars,
des casinos et des dancings dont la réputation a dépassé les frontières
de l’actuelle Bordj El-Kiffan.
Devenue ville estivale en 1908, suite à l’édification du premier hôtel
de luxe dans la commune, Bordj-El-Kiffan est aujourd’hui réputée plutôt
pour ses parcs aquatiques, son karting et ses commerces. L’avenue Ali-Khodja
avait «plombé» son prestige par ses terrasses qui accueillaient des
milliers d’estivants à la recherche d’un moment de délectation
qu’offraient les nombreux magasins de grillades, de pizzas et de glaces.

Dans cet exceptionnel magma, l’«Iceberg» ravissait la vedette à toutes
ces boutiques qui jalonnaient l’ex-avenue-de-France.
Du volatile décor de BEK, village qui a vu ses arbres centenaires
cisaillés par le passage forcé du tramway, l’«Iceberg» a changé mais a
conservé sa clientèle. Malgré un paysage éventré du féérique lieudit de
La Rassauta, le kiosque de glaces a résisté au «réchauffement».
En presque 50 ans, la famille Bachais a survécu aux aléas du temps et de
l’oppression. En 1971, la mairie a décidé d’occuper la terrasse et de
raser le kiosque.
L’«Iceberg», fondé en 1966 sur une idée du jeune Mohamed, obnubilé par
les films d’aventure qui retraçaient l’histoire des populations du pôle
nord, n’a pas fondu. La glace traditionnelle confectionnée grâce à une
petite turbine de 10 litres, où la touche de la maman de Mohamed, Ali,
Abdallah et Ahmed était prépondérante, enivrait toujours une clientèle
séduite par les saveurs multiples et le cadre agréable.
«L’entreprise familiale a résisté à l’œuvre machiavélique de la pègre»,
nous dira Dr Rachid Aissani, aquafortain de souche qui se rappelle «les
heures de gloire» de cette enseigne qui attirait les grandes
personnalités du spectacle à l’exemple de Georges Moustaki et Nicoletta.

Une reconnaissance qui n’a pas fléchi en dépit de l’industrialisation de
la fabrication des glaces au début des années 80.
Feu Mohamed Bachais, qui a fait le pari de suivre l’exemple d’un de ses
oncles, tenancier d’un salon de thé au centre d’Alger, nous a quittés.

Son œuvre survivra à tous les «réchauffements». Bordj El-Kiffan qui a
également enfanté la peintre Baya, l’auteur-compositeur Ahmed Malek et
d’autres monuments dans le monde du spectacle (sport compris) saura
reconnaître les siens.

Categorie(s): soirmagazine

Auteur(s): Par Mohamed Bouchama

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