C’EST MA VIE : La malheureuse destinée du petit Wassim

Lesoir; le Samedi 1 Decembre 2012
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Par Sarah Raymouche
Nés prématurément à sept mois, les jumeaux de la famille Beghdach,
Houssam et Wassim, étaient destinés à avoir le même développement
psychomoteur, un même destin. Ce fut le cas jusqu’à sept mois. A cet
âge, Houssam subira un changement dramatique. Tel un couperet,
l’atteinte de Houssam par la méningite à pneumocoques a plongé toute sa
famille dans le désarroi.Nés d’un second mariage en août 2011, Houssam et Wassim, des jumeaux,
ont eu les mêmes réflexes, le même développement psychomoteur, et ce,
jusqu’à sept mois. Jusqu’à ces trois jours fatidiques où Wassim a eu une
fièvre de 40° qui n’a pu être baissée. Sa maman raconte : «Nous sommes
partis chez un pédiatre à Boufarik après deux jours de fièvre.
L’auscultation terminée, nous prescrit les médicaments habituels à
donner toutes les trois heures. Pour le médecin, ce n’était pas méchant.
Trois jours plus tard, la fièvre avait disparu. J’étais contente. Je me
suis dit enfin, le pire est passé.» Abdelhak, son père reprend :
«Pourtant, le lendemain, Wassim a commencé à pousser des cris stridents
à donner la chair de poule. C’était effroyable pour un bébé de sept
mois. Cela donnait l’impression qu’on lui transperçait le corps avec des
couteaux. Nous nous sommes précipités chez le pédiatre une seconde fois.
J’ai pensé qu’il devait avoir mal quelque part. Je n’ai à aucun moment
songé ou imaginé que son problème venait de sa tête. Cela ne m’a même
pas effleuré l’esprit. » Elle poursuit la gorge serrée : «Là sur place,
il nous a donné une lettre pour une prise en charge à Blida. J’ai
compris que c’était grave. Je pensais qu’il nous donnerait des
médicaments et nous rentrerons chez nous tranquilles.» Houssam est
atteint de la méningite à pneumocoques. Commence alors une descente aux
enfers pour les parents. L’hospitalisation de Wassim ne se comptera pas
en jours ni en semaines, il passera quatre mois à l’hôpital de Blida.
Wassim combattra la maladie, mais les conséquences ravageuses sur le
nourrisson ne seront pas connues immédiatement. Les médecins essayent
tant bien que mal d’expliquer aux parents le mal dont est atteint leur
fils : le pneumocoque est un agent microbien redoutable ; il est entouré
d’une capsule qui le rend très virulent. Il pénètre dans l’organisme par
les voies respiratoires et va coloniser le rhinopharynx. Il se multiplie
et peut se propager à d’autres organes. Il peut se diffuser dans le sang
puis vers les méninges et entraîner des infections graves dites
invasives. Il peut aussi aller vers les tympans, les sinus et les
poumons. Le pédiatre précisera : «Avant l’âge de 2 ans, le pneumocoque
est la principale cause de la méningite bactérienne. La méningite à
pneumocoques est la plus redoutable des infections, elle peut entraîner
le décès, et lorsque l’enfant survit, elle est responsable de graves
séquelles. Un enfant sur trois présentera des séquelles qui vont se
manifester par des convulsions, une épilepsie, une paralysie, un retard
psychomoteur ou une surdité. Ces séquelles sont lourdes, elles vont
entraver le développement normal de l’enfant et nécessiter des soins
continus et coûteux.» Sa maman constate : «Maintenant, il y a une grande
différence entre les jumeaux. On ne dirait pas qu’ils sont nés ensemble.
C’est dramatique : Wassim ne bouge pas alors que Houssem n’arrête pas de
gigoter. Quand je vois son frère qui commence à se déplacer, je me rends
compte de ce qui s’est réellement passé. Je prends conscience que ce
n’était pas une simple fièvre. Je me disais, tant qu’il est petit, on ne
se rend pas compte de son handicap. Maintenant, cela commence à se voir.
Je pense à son avenir. Mon fils aîné aussi réalise que les choses ont
changé.» Les jumeaux ont un frère aîné, Chakib. Du haut de ses cinq ans,
il réalise que son frère est malade. Il se confie timidement : «Mon
frère Wassim est malade à cause d’une fièvre qui a attaqué son cerveau.
Il ne bouge pas et il ne peut pas jouer avec moi. Mais cela ne fait
rien. Je l’aime quand même.» Les effets de la méningite ne s’arrêteront
pas là. Elle a eu également des conséquences importantes sur la vie de
famille. Obligé de rester au chevet de son enfant, son père perdra son
emploi. Devant payer une pension alimentaire pour deux enfants issus de
son premier mariage, Abdelhak doit aussi subvenir aux besoins de son
fils aîné et de Wassim sans oublier les charges qu’incombe le handicap
de Wassim. «Je suis resté sans emploi durant quatre mois. Je n’ai pu
retrouver un travail adapté à la situation que depuis peu. Je suis agent
de sécurité, je travaille la nuit, ce qui me permet d’être présent à la
maison la matinée pour prendre Wassim chez le médecin, pour ses
contrôles. Je suis obligé de me débrouiller avec les moyens du bord.
C’est vrai que nous avons un soutien de la part de l’hôpital de Blida,
mais c’est insuffisant», relève Abdelhak. En regardant ses enfants, il
poursuit : «C’est vrai qu’on se pose la question : pourquoi nous ? On
pense que cela n’arrive qu’aux autres. Heureusement que nous avons la
foi. Quand je vois les yeux de Wassim, je ne désespère pas malgré la
fatigue, les pleurs de ma femme, ses angoisses, sa déprime. Je
m’accroche à la moindre petite lueur d’espoir pour que l’état de santé
de mon fils s’améliore. Je ferai tout pour cela. C’est d’ailleurs ma
raison de vivre.

Categorie(s): soirmagazine

Auteur(s): lesoir

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