CE MONDE QUI BOUGE: Saïdani, le buisson qui cache la forêt

Lesoir; le Jeudi 7 Novembre 2013
2

Par Hassane Zerrouky
En prenant connaissance de la charge de Amar Saïdani contre le Premier
ministre Abdelmalek Sellal puis le DRS et l’ANP, l’ordinateur m’est
tombé des mains ! Voilà un homme, produit du système, qui tient des
propos comparables à ceux d’un opposant de longue date au régime, alors
que son parti le FLN est présent en force au gouvernement et majoritaire
au Parlement, votant sans sourciller, le plus souvent sans débat, toutes
les lois présentées par l’exécutif, notamment celles restreignant
drastiquement l’expression dans l’espace public et les libertés en
général.
Pour y voir clair, un retour en arrière s’impose. Le 24 octobre, Amar
Saïdani surprend tout son monde, affirmant sur Reuters que «le DRS
(services de sécurité) continuera à jouer son rôle mais ne sera plus
impliqué dans la vie politique, dans les partis, les médias et la
justice». Mieux, a-t-il renchéri, «le temps des faiseurs de rois est
terminé parce que l'objectif de Bouteflika est de bâtir un Etat civil»,
oubliant au passage son intronisation dans des conditions contestées par
ses adversaires à la tête de l’ex-parti unique !
Survenant après le remaniement ministériel du 11 septembre, les
surprenantes déclarations de Amar Saïdani ont été naturellement perçues
comme l’expression d’une volonté du clan présidentiel de réduire le rôle
du DRS et de l’armée dans la vie publique dans la perspective de
l’élection présidentielle de 2014. Enfin l’armée mise au pas, clament
bruyamment certains, avant de se frotter les yeux pour y croire
réellement. Poursuivons. Le 29 octobre, suite à la tempête provoquée par
Amar Saïdani, le Premier ministre Abdelmalek Sellal s’est cru obligé de
recadrer le chef du FLN. «Que chacun s’occupe de ce qui le regarde. Un
élu est un élu. Un responsable de parti est un responsable de parti.
Nous ne voulons d’aucun intermédiaire et les institutions doivent être
respectées», déclarait-il à partir de Sétif.Le même jour, sans
rechigner, en bon soldat, Amar Saïdani s’exécute et dément les propos
qu’il a tenus sur Reuters. Il accuse les journalistes de l’agence
britannique d’avoir fait «de fausses lectures», «de fausses
interprétations» de ses déclarations. «On m’a attribué des propos que je
n’ai pas tenus», lâchait-il, la main sur le cœur ! Fin du premier acte.
Deuxième acte, lundi dernier, sur le site TSA, sans craindre le
ridicule, Amar Saïdani, remonté comme un réveil, sonne à nouveau la
charge, avec une violence inhabituelle, à l’endroit d’abord d’Abdelmalek
Sellal qui, selon le chef du FLN, «n’est pas fait pour la politique» et
«devrait se contenter de son rôle dans l’exécutif» ! Puis contre le DRS
et l’armée, dont il dénonce le «tutorat exercé sur la classe politique»,
les «pressions exercées sur la presse à travers la publicité», avant de
nous asséner que le Président Bouteflika veut bâtir un «Etat civil»,
avec un clin d’œil appuyé en direction de la mouvance islamiste qui rêve
de mettre au pas les galonnés ! Tant et si bien que de mauvaises langues
laissent entendre que Saïdani se serait mis à rêver d’un destin de
vice-présidentiable !
Pourquoi pas par ces temps de médiocrité ambiante ! Bref, en le lisant,
les gens visés par le nouvel homme fort du FLN sont sûrement tombés de
leurs armoires respectives.
Troisième acte. Pris de court par la tournure des évènements,
Abderahmane Belayat et ses amis du FLN, Abada entre autres, tentent
désespérément de contrer celui qui a usurpé le titre de secrétaire
général du FLN, alors qu’en vieux routiers de l’ex-parti unique, ils
savent mieux que quiconque qu’ils ont affaire à une offensive orchestrée
par plus puissants que Amar Saïdani, que ce dernier n’est qu’une pièce,
une de plus (ou de trop, c’est selon) d’un puzzle s’inscrivant dans la
perspective du quatrième mandat avec pour objectif une reconfiguration
du paysage politique, autoritairement stabilisé intégrant la mouvance
islamiste, tel que souhaité par Washington et ses alliés au mieux de
leurs intérêts.
En attendant la suite, la question est de savoir si ce plan dont on
perçoit les contours via la désignation de Saïdani à la tête du FLN va
réussir.
H. Z.

Categorie(s): chronique du jour

Auteur(s): H. Z.

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..