Chroniques d’une cour de récré projeté à l’IFA: Fragments d’enfance

Lesoir; le Dimanche 10 Mai 2015
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Projeté à l’Institut français d’Alger, le long
métrage Chroniques d’une cour de récré (2013) du cinéaste
franco-marocain Brahim Fritah est une autobiographie à la fois touchante
et inventive qui reconstitue l’ambiance d’une banlieue française en
1980.
Sorti en 2013, Chroniques d’une cour de récré remonte le fil du temps et
relate l’année des dix ans de Brahim Fritah, fils d’un couple d’ouvriers
résidant dans une banlieue française. Au centre de ce film, Yanis
Bahloul, un garçon épatant qui campe le rôle de l’enfant par une
interprétation pleine de relief et de subtilité. Cet acteur en herbe
donne, vie à un scénario somme toute ténu vu qu’il assemble des
souvenirs, des images et des scènes de vie anodines, dans une démarche
intimiste, parfois trop personnelle pour pouvoir intéresser le public
étranger à l’histoire.
De son enfance, le réalisateur garde des saveurs, des fragments d’images
recollés comme dans un patchwork photographique. Et c’est d’ailleurs par
une sensibilité de photographe que Fritah revient à ce début des années
1980 pour capturer des moments épars d’une enfance ordinaire.
Vivant avec ses parents, son frère et sa petite sœur dans l’usine où son
père travaille, Brahim est toujours en retard à l’école et y subit
l’intransigeance du directeur qui lui colle des travaux manuels et prend
un malin plaisir à le persécuter. Mais c’est grâce à ces corvées
journalières qu’il fait la connaissance de Salvador (Rocco Campochiaro),
échappé avec sa mère du Chili de Pinochet où son père a été exécuté. Ils
seront les témoins privilégiés d’une grève à l’usine qui risque d’être
délocalisée ; ils prendront des photos imaginaires avec un vieil
appareil sans pellicule, s’amuseront comme le faisaient tant de gosses
sans grands moyens mais emplis d’une enviable joie de vivre…
Chroniques d’une cour de récré s’écoule au rythme d’une enfance
paisible, bien équilibrée malgré la précarité des conditions
matérielles.
Le film dégage un charme certain de par sa sincérité et sa simplicité
désarmantes mais surtout grâce à un ensemble d’effets visuels tout à
fait inventifs et une poétique à la fois tendre et attendrissante qui,
malgré quelques redondances, parvient admirablement à sublimer la
mémoire charnelle que l’on garde de l’âge insouciant et à créer une
matière cinématographique dont la modestie n’annule pas la beauté
discrète de son lyrisme enjoué.
Sarah. H.

Categorie(s): culture

Auteur(s): Sarah. H.

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